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Le Point Eco
Numéro 268 . Septembre 2008

Formation : Génération 20 ans et entreprises, quels décalages à surmonter

Voilà qui devient un leitmotiv : d’un côté les entreprises regrettent la méconnaissance des jeunes du monde de l’entreprise, leur absence de motivation au travail et leur difficulté à s’intégrer ; de l’autre les jeunes expriment leur méfiance vis-à-vis de l’entreprise… D’où vient ce décalage ? Des pistes de réflexion ont été lancées lors de la dernière rencontre Prospective au Pôle formation CCI, dans le cadre de son partenariat avec E.M. Strasbourg-Partenaires.


L’invité de la rencontre était Hervé Serieyx, consultant aux multiples facettes : chef d’entreprise, haut fonctionnaire, professeur d’université et auteur de plus de vingt ouvrages sur l’entreprise. Sur le ton de l’humour, il a esquissé quelques vérités bonnes à entendre sur le décalage de vision entre les entreprises qui subissent la pression de plus en plus forte des résultats - en espérant trouver le mouton à cinq pattes -, celles qui n’hésitent pas à licencier et les jeunes qui expriment une méfiance parfois justifiée vis-à-vis de l’entreprise.

Rapprocher l'école de l'entreprise
En introduction de la rencontre, une table-ronde a réuni Claudine Léonard (CIO Illkirch), Marcel Bertrand (Pertuy Construction), Marc Haug (Institut pour la promotion du lien social, IPLS), Daniel Klumb (Socomec) et Jean-Bernard Pannecoeke (Groupama). Au cœur des débats, les relations Ecole- Entreprise et le souhait partagé de rapprochement entre les deux mondes. Visiblement, des efforts sont entrepris de part et d’autre, via des partenariats entre les CIO et la Région pour une découverte professionnelle dès la classe de sixième. Il semblerait cependant que l’on pourrait mieux faire. Jean- Bernard Pannecoeke a mis l’accent sur les différences à prendre en compte par rapport aux générations précédentes. « Il faut se remettre en cause régulièrement face à une société qui zappe beaucoup et qui veut que tout aille très vite. L’entreprise doit montrer plus d’écoute, et expliquer des valeurs basiques à ses recrues, en les accompagnant du mieux possible. »

Du savoir au savoir être
Pour l’ensemble des participants, la réussite d’une intégration passe par cet accompagnement tutoral. Et Daniel Klumb, DRH chez Socomec de souligner : « lorsqu’on engage un jeune, il a un savoir, alors que les besoins de l’entreprise sont le savoir-faire, puis le savoir être. » Marc Haug, chercheur, a évoqué les résultats d’une enquête menée auprès de jeunes de 18 à 24 ans, salariés, chômeurs et étudiants. Il relève que la vision positive des jeunes est souvent liée à la taille de l’entreprise « plus elle est petite, plus la relation d’intimité est grande ». Parmi leurs motivations, la rémunération et la possibilité de progression dans la fonction, des conditions de travail optimales. Selon Hervé Serieyx, l’auteur de l’ouvrage « les jeunes et l’entreprise, des noces ambiguës », « l’entreprise est méconnaissable par rapport à ce qu’elle était il y a dix ans. Le jeune veut travailler d’abord pour lui-même. De son côté l’entreprise lui demande d’être proactif. Or, c’est à elle d’entretenir son employabilité, de créer une dynamique, aux managers de donner du sens au travail. 80 % des connaissances acquises pour tenir un métier seront obsolètes d’ici dix ans. L’important est de faire découvrir aux jeunes ce qu’ils sont et leur apprendre à aborder leur vie d’adulte. L’erreur des parents et des employeurs est de vouloir que les jeunes soient à leur image, alors qu’ils arrivent construits différemment et n’entrent pas dans le même monde professionnel. Des carrières longues, on est passé à des carrières moins linéaires. Il est essentiel de fournir un plus aux salariés et de se montrer attentif à leur développement. L’autorité d’un chef d’entreprise est reconnue dès lors qu’il est compétent, qu’il apporte quelque chose au salarié et le valorise en tant qu’individu ». Selon Hervé Serieyx, il faudrait sensibiliser les cadres aux « 6 E » : l’étoile, donner du sens à l’entreprise et au travail, l’enthousiasme, pour éviter les commentaires du style « Comment ça va ? Comme un lundi », l’écoute, l’endurance, l’éthique et l’exemplarité. Et d’ajouter : « Il y a deux sortes d’efficacité, celle du typhon qui emporte tout sur son passage et celle de la sève qui fait pousser ».



Contact CCI
Christiane Sibieude, 03 88 43 08 36