Les archives du Point Eco de la CCI
Le Point Eco
Numéro 241 . Juin 2005

Une profession aux multiples facettes : Serrurier

Si la matière première fait souvent l’objet d’importations, le travail du serrurier - conception, fabrication, pose ou réparation d’ouvrages de serrurerie - est amené à évoluer. En fonction des attentes exprimées par les clients, notamment en matière de sécurité, mais aussi du fait de la diversité des activités liées à la formation de serrurier-métallier.

Éric Willem, maître-serrurier : de la serrurerie à la menuiserie alu, des fermetures au mobilier urbain
Éric Willem, maître serrurier, nous donne un exemple concret du métier. Après un CAP de serrurerie, un Bac Pro et un compagnonnage, le jeune homme rejoint son père Georges dans l’affaire. Créée en 1952, celle-ci était plutôt axée sur le sanitaire et de menus travaux. À la retraite de leur père, les trois fils se sont associés et orientés vers la métallerie. Confection et réparation de serrures, remplacement de cylindres, etc. «Dans les années 1970, explique Éric Willem, le métier de serrurier était dédié aux entrepreneurs, artisans ou compagnons à même de concevoir, de fabriquer, de poser ou de réparer les ouvrages de serrurerie, les ouvrages métalliques. Entre-temps, la profession a évolué. Les techniques de conception et de fabrication de serrures, autrefois accessoires de fermeture, relèvent aujourd’hui de la quincaillerie. Ce sont les ferrures, paumelles, gonds, pentures, crémones».

La serrurerie, 50 % de l'activité
Le terme de serrurerie s’applique donc aujourd’hui aux ouvrages métalliques en général, ce sont les ferrures, balcons, rampes, grilles, charpentes, ossatures de bâtiments. Depuis 1973, l’entreprise Willem oeuvre dans les domaines de la serrurerie, de la métallerie, du chauffage, du sanitaire et de la menuiserie alu. L’entreprise se développe peu à peu. De deux salariés à l’époque, elle est passée à 40 personnes. L’entreprise s’oriente délibérément sur la métallerie en 1984. Les locaux sont agrandis, pour atteindre une surface totale de 800m2, puis de 1300 m2 en 1999 À présent, l’entreprise emploie 20 salariés dont deux apprentis en Bac Pro et un CAP en métallerie. Chiffre d’affaires affiché : 1,5 M€. La serrurerie représente 50% de l’activité, à destination d’une clientèle d’entreprises, collectivités locales et particuliers, établis sur la région. Selon Éric Willem, «contrairement aux idées reçues, la fabrication de clés est aussi du domaine de la quincaillerie». Les serruriers se consacrent à des clés particulières, conçues et réalisées à façon.

Une formation permanente
Pour exercer le métier de serrurier, il faut être manuel, aimer le calcul, savoir lire les plans et avoir le sens de la création. Dans son entreprise, la moyenne d’âge du personnel est de 35 ans. Tous ont su s’adapter aux évolutions de la technologie. «C’est indispensable, si l’on veut se positionner sur un marché lié aux appels d’offres et exigences de certification. Pour le moment, nous avons le label Qualibat, mais nous n’échapperons pas à la certification. Déjà, nos personnels sont en formation constante, notamment pour intégrer le numérique. Ils doivent être de plus en plus précis, de plus en plus rapides. Actuellement, nous envisageons la création d’un bureau d’étude intégré, ce qui nous éviterait de faire valider nos pré-études par des bureaux spécialisés. C’est un impératif que d’évoluer dans les techniques, la concurrence est rude et nous devons rester compétitifs pour gagner des parts de marché».

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Stutz, parmi les derniers spécialisés
Ajustement, vente et réparation de clés : l’apanage de la maison Stutz, née en 1932 à Strasbourg, rue de l’Épine. Le magasin était alors tenu par le grand-père et la maman de Bernard Ostheimer, président actuel du conseil d’administration de l’entreprise familiale. Il est assisté de sa soeur et de son beau-frère, qui assurent la direction administrative et financière. La succession de l'entreprise est en bonne voie puisque leurs enfants, Brigitte et Laurent sont déjà dans l'entreprise. Aujourd’hui, Stutz compte 13 salariés, dont 10 travaillent à Eckbolsheim. «C’est la piétonisation du secteur qui nous a poussés à investir dans un bâtiment accessible aux voitures».

Formés sur place
Chez Stutz, les salariés de l’entreprise ont été recrutés pour leurs aptitudes manuelles et formés sur place. Seul un employé est titulaire du CAP de serrurier, d’autres ont un CAP ou BEP en menuiserie. «Les formations ont évolué, les titulaires actuels d’un CAP de serrurier- métallier ne savent pas fabriquer des clés». L’entreprise achète des ébauches de clés non taillées, qui sont ensuite ajustées. Ces ébauches proviennent essentiellement d’usines situées en Italie et en Espagne, ou de fonderies présentes dans la Somme. Les clés plates ou clés minutes sont fabriquées au centre ville, alors que les barillets ou clés anciennes sont ajustés à Eckbolsheim. Après un passage difficile, il y a deux ans, Bernard Ostheimer se montre confiant : « Nous avons subi la concurrence accrue des quincailliers, des cordonniers qui ont associé la reproduction de clés à leur activité. Aujourd’hui les clients reviennent vers nous.» Enfin, les entreprises ne rechignent plus à investir dans une serrurerie de confort. C’est ainsi que la fabrication de «passes» reprend ses aises. «L’investissement est lourd, dans la mesure où il faut remplacer tous les cylindres».

La diversification, réponse à la concurrence accrue
Pour augmenter son chiffre d’affaires, Stutz a diversifié son activité en ajoutant la pose de portes blindées. «Au départ, nous proposions le blindage de portes existantes, à présent nous achetons et posons les portes», indique Bernard Ostheimer. Adhérant à la Fédération des Métalliers, Bernard Ostheimer y voit surtout un apport en matière de conseils, tant juridiques qu’administratifs. Récemment, il s’est lancé dans l’électronique, en proposant des cylindres qui permettent une programmation. Pour exemple, l’accès peut être donné selon un calendrier précis. Autre élément de diversification, la vente de fixations : chevilles et fixations de matériels sanitaires ou d’ossatures de bardage. La clientèle de Stutz est constituée pour moitié de particuliers, le reste se répartit entre professionnels et administrations.

Contact, 03 88 10 10 20

Un métier qui change
Le serrurier-métallier exerce une profession très diversifiée. Installateur de serrures de plus en plus sophistiquées, il sait aussi forger, souder, ajuster, monter des menuiseries et des charpentes métalliques ou vérandas. Ferronnier d’art, il peut aussi créer ou rénover des oeuvres de fer forgé, comme des grilles ou des portails. Rares sont les professionnels qui se cantonnent au seul travail de fabrication et de montage de serrures. Et quand bien même ils forment un maillon essentiel de la chaîne de la sécurité, les serruriers constituent un secteur industriel qui se voit complété par plusieurs domaines voit complété par plusieurs domaines très voisins, qui sont notamment le contrôle d’accès et l’alarme anti-intrusion.

Du serrurier au métallier
La formation requise aujourd’hui, de serrurier-métallier, permet aux artisans et industriels de s’adapter à l’évolution des matériels et des besoins des clients. Soucieux d’être bien protégés, ceux-ci ne lésinent pas à améliorer leur équipement. En misant sur la qualité et la garantie de sécurité, les fabricants et installateurs de serrures peuvent tirer leur épingle du jeu. Sachant que l’apport de plus en plus important de l’électronique modifie la donne. En effet, la serrurerie intègre de plus en plus de l’électromécanique, avec une notion de gestion d’accès.

Un marché à fort potentiel
La sécurité impacte à la fois les particuliers et les professionnels. La prévention contre le cambriolage suppose avant tout d’entraver l’accès en renforçant les serrures. Selon une enquête Sofres-Assa Abloy, pour mieux protéger leur domicile, 46 % des personnes interrogées et cambriolées posent une nouvelle serrure sur leur porte d’entrée, dont 25 % une serrure standard. Il reste tout de même 29 % des victimes qui n’apportent aucune amélioration à la protection de leur domicile. De leur côté, les spécialistes s’accordent à dire que la persévérance des cambrioleurs est découragée si la serrure résiste plus de quatre minutes. De ce fait, tout dispositif qui contrôle l’accès est susceptible de faire échouer leur tentative.

La sécurité intelligente
Une étude Xerfi* fait ressortir que le marché de la sécurité mécanique a connu une période tourmentée avec un passage difficile en 2002, dû à une baisse de la demande. Si le secteur a pu s’appuyer sur la bonne tenue des marchés du bâtiment en 2000, il a subi leur ralentissement dès 2001. Enfin, en 2002, la croissance est revenue. Les opérateurs ont bénéficié de l’apport des nombreux contrats sécuritaires des aéroports et des banques. Pour la plupart, les industriels ont échappé à la morosité en mettant en avant les innovations techniques et esthétiques. Histoire de conquérir de nouveaux marchés !
*Étude Xerfi : «Serrurier : un marché ouvert»



Brèves
LE MÉTIER
La fabrication de serrures et ferrures métalliques est répertoriée par l’Insee sous le code NAF 286 F. Cette classe comprend notamment la réalisation de serrures complètes, de barillets, de cadenas, de verrous, de gâches électriques, de clés et de barres anti-panique. Elle regroupe aussi la fabrication de charnières, de gonds, de paumelles, d’espagnolettes, de crémones, etc. On trouve également des serruriers inscrits sous le code 454 D, plus large, puisque y sont englobées les poses de structures métalliques et de menuiseries extérieures. Ces deux catégories d’entreprises sont concernées par la même convention de la métallerie.

LE MARCHÉ
Si la demande de serrures en provenance des particuliers a dopé la croissance des ventes des fabricants, ces derniers ont été pénalisés par le ralentissement des commandes en provenance des professionnels de l’industrie automobile en 2002. Face à l’intensification de la concurrence nationale et étrangère, et plus particulièrement sur les segments bas de gamme, les opérateurs n’ont pas d’autre choix que de se tourner vers la mise au point de produits innovants. Les produits deviennent à la fois sophistiqués et esthétiques : serrures multipoints, serrure Cliq. Exemple d’innovation dans le secteur automobile : le système d’ouverture et de démarrage sans clés de Valéo, qui équipe certains modèles. Une stratégie qui représente un coût que seules les entreprises qui possèdent une certaine assise financière peuvent se permettre d’assumer.

LES DÉBOUCHÉS
Trois marchés clients se détachent particulièrement : le secteur automobile, le bâtiment et la fabrication de meubles.

LA RÉGLEMENTATION
Les fabricants de serrures et de fermetures métalliques sont soumis à des normes de qualité émises par leurs donneurs d’ordres. Ils doivent également respecter les exigences en termes de performance édictées par les assureurs afin de garantir la sécurité des biens et des personnes.

LA STRUCTURE ÉCONOMIQUE
Porté par une activité florissante en 2001 (+3,1 %), le tissu industriel du marché de la fabrication de serrures et ferrures s’est enrichi de deux nouvelles structures. Dans le même temps, les effectifs salariés progressaient de près de 1% pour s’établir à 11 868 personnes. L’activité des entreprises spécialisées dans la production de serrures et de ferrures demeure largement concentrée. En effet, elles ont réalisé plus de 89 % de leur CA dans leur métier de base en 2001. Le négoce de quincaillerie constituait leur premier axe de diversification avec 7,6 % du CA. Cette activité permet aux opérateurs de maîtriser l’aval de leur activité et de faciliter ainsi la vente de leurs produits.

LA STRUCTURE INDUSTRIELLE
En 2001, les sociétés employant moins de 100 personnes représentaient près de 70 % des entreprises totales du secteur. Leur poids en termes de chiffres d’affaires demeurait marginal, puisqu’elles ne contribuaient qu’à hauteur de 23 % à l’activité sectorielle. A contrario, les grandes entreprises de plus de 500 personnes (3 % du tissu industriel) ont assuré près de 35 % du CA, avec 28 % des salariés. Source : Xerfi : «Serrurier : un marché ouvert»

LEXIQUE
Pêne
Pièce mobile d’une serrure qui bloque le battant d’une porte en entrant dans la gâche.
Targette
Système de fermeture dont on actionne le pêne, plat ou cylindrique, en le poussant.
Goupille
Pièce métallique mobile qui lors de son alignement avec les autres déclenche le mécanisme d’ouverture.
Cylindre
S’ouvre avec une clé et présente plusieurs degrés de sécurité, liés au nombre de goupilles. Celles-ci sont en cuivre dans les cylindres économiques, en bronze dans les articles moyen et haut de gamme.
Gâche
Boîtier métallique dans lequel s’engage le pêne.
Tringle
Tige métallique qui bloque la porte sur commande de la clé.

LA SERRURERIE
Elle constitue une partie de la métallerie. Elle ne s’applique pas seulement aux serrures, mais également aux ouvrages destinés au bâtiment, de la rampe d’escalier à la clôture et aux renforcements des portes. Elle comprend également la réalisation d’escaliers, de verrières, de grilles d’ouvrages en tôles pliées, de plafonds suspendus.

LA FÉDÉRATION DES MÉTIERS DE LA MÉTALLERIE ET DE LA MÉCANIQUE GÉNÉRALE D’ALSACE
Les serruriers sont adhérents de cette corporation, qui leur fournit des informations techniques et réglementaires.
Contact , 4, rue Jean Monnet à Eckbolsheim, 03 88 10 37 00
Elle regroupe 540 entreprises artisanales, commerciales et industrielles, dont 258 dans le Bas-Rhin.
Les entreprises inscrites au registre du commerce du Bas-Rhin
- Code 286 F : fabrication de serrures et ferrures : trois entreprises
- Code 454 D : pose de structures métalliques, de menuiserie extérieure et de faux plafonds : 95 entreprises

DOCUMENTATION
Enquêtes Xerfi, Serrures et ferrures, Menuiseries métalliques.
Contact CCI, Monique Siffert 03 88 75 25 52