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Bien que le marché soit lié à une forte
saisonnalité – un tiers des ventes de chocolat sont
réalisées à Pâques et à Noël
–, les Français consomment régulièrement
du chocolat. Malgré la montée en puissance des marques
de distributeurs, les artisans chocolatiers réussissent à
développer une clientèle en misant sur l’authenticité
et la qualité de leurs produits.
Évoluant sur un marché dominé par les groupes
internationaux et les grandes surfaces alimentaires, les petits
artisans se positionnent sur des niches de marché. Ils se
démarquent par leurs savoir-faire et l’originalité
de leurs produits et partent à la quête de nouveaux
marchés.
Objectif : faire succomber le consommateur aux plaisirs chocolatés
!
Dans ce dossier, le parcours des chocolatiers bas-rhinois Antoni,
Stoffel et Mulhaupt.
> Le prix du chocolat à la
hausse
Conséquence directe de la flambée des cours du cacao
et de la croissance des tarifs industriels, les prix à la
consommation de la confiserie et du chocolat ont augmenté
plus rapidement à partir de 2001. «Les prix à
la tonne du cacao ont doublé entre septembre 2001 et septembre
2002», observe Martine Casterot (Stoffel), «nous devrons
trouver des gains de productivité ailleurs».
L’influence africaine
Les récents événements en Côte d’Ivoire
risquent de confirmer cette tendance. «Je ne suis pas encore
touché par cette crise, grâce à des contrats
souscrits auparavant, indique Bernard Antoni (Avolsheim), mais je
m’attends à une hausse imminente du prix de la fève
de cacao». Notant l’énorme spéculation
sur ces produits, également relevée par Thierry Mulhaupt
: «Ma matière première vient surtout de l’Océan
Indien, des plateaux de l’Amérique du Sud ou des Caraïbes.
Par contre, tôt ou tard, la Bourse du cacao à Londres
devrait être influencée».
> Thierry Mulhaupt Le rêve
d’un pâtissier réalisé
Meilleur Jeune pâtissier de France et Meilleur Jeune pâtissier
Internatio-nal, Thierry Mulhaupt n’a plus à faire ses
preuves. Ce spécialiste du chocolat a successivement créé
une pâtisserie (1991), et une boutique spécialisée
dans le chocolat, «Épice et chocolat» (1999)
à Strasbourg. «J’ai grandi dans l’odeur
du pain – mes parents exerçaient le métier de
boulanger dans le Haut-Rhin –, mon désir était
de devenir pâtissier».
Thierry Mulhaupt a créé son premier laboratoire, route
de Schirmeck à Strasbourg. Celui-ci a été transféré
récemment dans un nouveau bâtiment moderne et spacieux
(730 m2) à Mundolsheim, où son équipe (7 personnes)
confectionne gâteaux, chocolats et confitures (plus de 40
sortes).
30% du CA en décembre
Environ 15 % de son CA est réalisé à partir
de bonbons chocolatés. Période haute : l’automne-hiver,
où l’équipe est renforcée par des intérimaires
: «nous assurons près de 30 % de notre chiffre d’affaires
annuel en décembre», annonce-t-il. C’est à
la fois par goût personnel et pour répondre aux attentes
des consommateurs, qu’il a tout particulièrement développé
le chocolat dans ses créations, réalisant des mélanges
originaux à partir des couvertures de chocolat. C’est
ainsi qu’il propose 13 sortes de tablettes de chocolat, une
quarantaine de variétés de chocolats. Sa spécialité
: inventer des associations : crème fraîche, arômes,
poivre, noix de tonka, mélanges de cacao acide et amer…
Des associations qui font mouche
«Quand on croque, c’est d’abord l’intérieur
qui fond dans la bouche, et l’enrobage qui reste en dernier.
En vendant ses «chocolat du mois» ou «tartes folles»,
Thierry Mulhaupt innove tant dans le choix que dans l’association
des composants. Une formation à la peinture et au dessin
lui ont donné le goût de l’esthétique
«je n’ai jamais fini de me former… et de m’amuser».
De premières expériences professionnelles à
Paris et la fréquentation de clubs de dégustation
du vin lui ont permis de développer son palais et d’associer
les chocolats aux alcools. «Si un chocolat est amer, je le
mets en rapport avec un alcool puissant, du type whisky. Les ganaches
seront associées aux Sauterne vieillis ou aux portos. Bien
connu en Alsace, Thierry Mulhaupt a souhaité exporter son
savoir-faire. Participant pour la troisième fois au Fancy
Food Show de New-York, il a noué de premiers contacts intéressants,
mais les évènements du 11 septembre ont quelque peu
«fait retomber le soufflé».
> Stoffel Le chocolat, une passion
qui se transmet
Une réussite exemplaire de transmission d’entreprise
familiale que celle de Stoffel à Haguenau. Créée
en 1965, l’entreprise a démarré dans une cave
de particulier… Maître-pâtissier chocolatier et
glacier, Daniel Stoffel a débuté par les moulages
de Noël.
En 1968, il s’installe avec son épouse dans un vieux
moulin à Haguenau. Petit à petit, il investit dans
du matériel : centrifugeuses, tunnel réfrigérant,
qui induisent des embauches. De 5 à 6 personnes au début
de son activité, il emploie une cinquantaine de salariés
(pour moitié permanents, pour moitié saisonniers).
Croissance oblige, l’entreprise emménage en 1996 dans
des locaux plus adaptés à la production. Un magasin
de vente s’ouvre au public. Rejoignant leurs parents dans
les années 1990, Martine et Laurent finissent par succomber
à la même passion du chocolat.
Une moyenne d’âge de 32 ans
«Nous avions la chance d’avoir un outil déjà
créé, qui offrait des perspectives intéressantes.
Attachés au produit, c’est tout naturellement que nous
avons intégré l’entreprise» indique Martine,
devenue Madame Casterot. Celle-ci est ravie de son choix : «
nous avons gardé le savoir-faire, tout en renouvelant les
équipes (la moyenne d’âge est de 32 ans). Malgré
la crise, nous avons réussi à constituer des équipes
de professionnels motivés et amoureux de leur métier».
Une sélection rigoureuse des matières
premières
Prochains objectifs de Stoffel : une nouvelle extension du bâtiment
et la création d’une véritable cellule en recherche-développement,
qui se consacrera également à la mise en avant des
produits. À l’instar de nombreux confrères,
l’entreprise se procure la matière première
par pastilles ou barres. Le principal atout du maître-chocolatier
est une fabrication axée sur la qualité du produit
: «les matières premières sont soigneusement
sélectionnées : nous les faisons fabriquer selon nos
paramètres et critères… de qualité et
d’innovation. Nous exigeons des analyses à chaque livraison».
Iso 9001 en novembre 2001, Stoffel fait partie des 8 certifiés
au niveau national.
L’entreprise réalise 65 % de son CA dans des ventes
aux professionnels français : boulangers-pâtissiers
ou autres fabricants qui ajoutent à leur nom une autre gamme
de produits. 20 % du CA sont réalisés à partir
du magasin de vente et des dépliants adressés aux
comités d’entreprise. Présent sur le créneau
du cadeau d’entreprise, Stoffel l’est également
sur la scène internationale : Belgique, Danemark, Pays-Bas,
Angleterre, Suisse (eh oui, l’Alsacien a pénétré
le marché des plus gros consommateurs de chocolat), Italie,
Australie, Canada…
> Antoni Tout l’art de la griotte
Entreprise familiale située sur la route du Vin à
Avolsheim, la confiserie chocolaterie Antoni a construit sa réputation
autour de la griotte au chocolat, qu’elle fabrique depuis
48 ans !
Alors l’apanage de Joseph Antoni, le père, ce produit
de confiserie né à Flexbourg en 1954, fait aujourd’hui
la fierté des deux frères, Bernard et Michel Antoni.
Ceux-ci sont installés à Avolsheim depuis 1980. Côtoyant
l’atelier de fabrication, leur magasin de vente, dédié
à une clientèle locale et touristique, a été
récemment rénové et agencé de manière
à ce que celle-ci puisse déambuler aisément
entre les rayons.
Un large éventail de produits
L’éventail de produits est large : bonbons, chocolats,
dragées, liqueurs (les griottes sont mises en macération
dans le sous-sol du bâtiment)... Réalisant près
de 20 % de ses ventes en cadeaux d’entreprise, Martine Antoni
(l’épouse de Michel) compose des paniers cadeaux originaux,
grâce à des partenariats avec des artisans-potiers.
Neuf personnes travaillent dans l’atelier de production, le
fief de Michel. Une collaboration avec l’Ensais a permis l’acquisition
d’une machine destinée à l’enrobage au
sucre. «C’est un vrai prototype», souligne Michel
Antoni. Le pliage et l’emballage se font de façon mécanique
ou manuelle, en fonction des calibrages des chocolats.
Une clientèle sur toute la France
La clientèle de la Confiserie-Chocolaterie Antoni se situe
sur l’ensemble de la France, répartie entre professionnels
– pâtissiers, chocolatiers, épiciers –,
et quelques grossistes.
Si leur produit-phare, la griotte ou chocolat au kirsch, perdure
depuis 48 ans et représente 50 % des ventes, les frères
Antoni ont su s’adapter aux évolutions de la demande.
Ce sont les effets de mode, tel le chocolat allégé,
puis la demande de produits à fort pourcentage de chocolat.
Pour continuer à se développer en période creuse,
Antoni s’est orienté vers une diversification qui concerne
aussi bien le renouvellement dans la composition des chocolats que
l’adjonction de nouveaux produits. Ces mouvements sont cependant
éphémères, et si le client s’attache
de plus en plus aux informations données par les nutritionnistes,
il reste fidèle à la qualité : « je ne
fabrique pas un prix, mais un produit », observe Bernard Antoni.
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