n°215
Juillet-Août 2002
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METIERS
  Les photographes à la loupe
  Une profession au-delà des clichés
 

Le marché de la photographie a évolué depuis une vingtaine d'années et connaît un réel dynamisme : l'image est désormais partout ! Les pans les plus significatifs résident dans la communication : presse édition, publicité. Très concurrentiel, le métier implique pour les professionnels une mise à niveau constante. Le fait le plus marquant est l'explosion du numérique.

Analyse
Un métier de plus en plus lié à l'informatique
Richard Noguer,
vice-président de la Corporation des photographes du Bas-Rhin

Les procédés d'images numériques sont de plus en plus utilisés par les professionnels et la chaîne graphique intégrée se généralise : chaque maillon est sous contrôle presque exclusivement numérique.
«Nous vivons une véritable mutation : le numérique rend la distribution des photos directement exploitable pour tous les métiers, du web à la photogravure d'art», indique Richard Noguer, vice-président de la Corporation des photographes du Bas-Rhin. «Les techniques de traitement de l'image par l'informatique sont de plus en plus présentes, notamment dans la photographie d'entreprise ou publicitaire. L'utilisation de logiciels de retouches d'images s'est de plus en plus répandue.»
Aussi Richard Noguer milite-t-il en faveur de la «formation à l'informatique dès le primaire pour tous les jeunes qui veulent apprendre le métier de photographe. Le niveau de recrutement des photographes est devenu très élevé. À titre d'exemple, au CFA de Colmar, sur les 12 élèves de 1re année de CAP, 7 ont au moins le niveau Bac.» Les jeunes qui veulent trouver du travail ont tout intérêt à poursuivre leurs études jusqu'au BTM (niveau IV), voire jusqu'au BM (niveau III), d'autant qu'il y a énormément de choix dans le recrutement», souligne-t-il. De même, les photographes ayant pignon sur rue qui n'évolueront pas vers le numérique n'auront que très peu de chance de survivre. Car la concurrence ne vient pas seulement du nombre toujours croissant de photographes, mais aussi des photographes amateurs qui s'équipent eux-mêmes en matériel numérique (appareil, scanner, logiciels).

L’avenir reste ouvert
«Une étude récente de la Corporation a montré que la profession était «sinistrée». «Cela nous a d'ailleurs permis d'obtenir des subventions de la Région Alsace (voir p49) pour nous équiper», indique Richard Noguer. Dans l'affaire qu'il dirige depuis 1987 à Strasbourg (Meyer & Wanner, un magasin de vente et développement et un studio de prise de vues), il vient d'acquérir un nouvel équipement numérique destiné à reproduire des photos sur papier à partir des fichiers numériques. Celui-ci se montre confiant : «il y aura toujours un avenir pour les professionnels, car tôt ou tard, les amateurs se lasseront de passer du temps devant l'ordinateur et préfèreront faire tirer une sélection de leurs meilleures images sur papier photo». D'après l'API (Association pour la Promotion de l'Image), la promesse d'une grande valorisation du talent des photographes grâce à des circuits mondiaux de commercialisation et la mise à disposition sécurisée des photos seront les atouts de la nouvelle économie de la photographie professionnelle.

François Nussbaumer
«L'informatique a rendu le métier plus difficile»
Lorsque François Nussbaumer s'est installé en 1986, «la profession se portait bien, les entreprises utilisaient de plus en plus d'images pour leurs publications, catalogues, campagnes de publicité». Alors qu'en 1992, il avait réussi à quadrupler son chiffre d'affaires-photo, il en est revenu aujourd'hui au stade initial.
Selon lui, l'évolution technologique et le procédé informatique dans sa globalité en sont la cause. Ce qu'il regrette, ce n'est pas l'arrivée du numérique – il imagine d'ailleurs aisément que la qualité des matériels et des images ira en s'améliorant –, mais son incidence sur le métier : «l'image est devenue un bien de consommation courante et le métier est de moins en moins intéressant, tout est «bidouillé», arrangé, et les photographes subissent une concurrence effrénée des photothèques et des cédéroms vendus libres de droit. Les clients qui n'ont pas les budgets suffisants préfèrent une photo clonée qui leur permet de diminuer leurs dépenses». Et d'ajouter : «Il est de plus en plus dur de vivre de ce métier». Pourtant, François Nussbaumer continue de travailler en argentique pour ses photos de pub et de mode (il est toujours possible de faire scanner un ekta), de même que pour ses travaux personnels. Mais à côté de cela, il s'est lancé dans l'édition, créant sa société «Quelle belle journée». Un premier livre illustré «Le voyage à Strasbourg» a été réalisé sur commande de la municipalité, en liaison avec deux auteurs, François Loyer (historien d'art) et Michel Deutsch (écrivain). Devenu livre de référence, le projet à été ouvert à d'autres villes (Brest, Toulouse, Nantes,...) et François Nussbaumer intervient en tant qu'éditeur-concepteur du projet, constituant ses équipes (photographes et auteurs) sur place.

Informatique et numérique
Les nouvelles composantes du métier
Une formation appropriée est indispensable pour acquérir la maîtrise de la prise de vue, de l'éclairage, du traitement de l'image par détourage, retouche ou chromie...
Il s'agit de découvrir l'image numérique, la retouche, l'édition et les logiciels adaptés. D'où l'intérêt d'avoir des bases en informatique.
Grâce aux nouvelles technologies, l'agence de communication récupère le cédérom ou le fichier transmis par Internet et l'intègre dans sa mise en page. Les photos sont récupérables à tout moment.
La photo argentique (papier) peut également être numérisée et enregistrée sur disquette ou cédérom. Il s'agit alors de numérisation, technologie qui permet de convertir toutes les images en données numériques. Différence essentielle : le caractère infini des possibilités de manipulation de l'image par les combinaisons numériques. L'avantage : le graphiste peut jouer avec l'image : changer la couleur d'une robe, faire disparaître un élément qui pollue l'image.

Récemment à Colmar...
Proposée par la Corporation des photographes et vidéo d'Alsace et l'Association pour la formation dans l'artisanat et les métiers en Alsace (Maison de l'Artisanat à Colmar), un stage de formation aux prises de vues et marketing numérique faisait intervenir un photographe hollandais, Henk Van Kooten. Celui-ci est réputé pour créer des images contemporaines, parfois même provocantes. Sa manière de photographier est toujours en évolution, tant pour la photo de mariage, le portrait que la photo commerciale. Les mots-clés de sa démarche sont : intuition, confrontation et défi. Mais sa source principale est l'être humain et sa relation avec l'extérieur.
Dispensée à une trentaine de chefs d'entreprise photographes, la formation leur a permis de réfléchir sur une nouvelle approche de la prise de vue numérique et son marketing.

En projet à Strasbourg
La création d'un centre rhénan de la photographie
Baptisé «Mehr Licht»*, le projet de centre rhénan de la photographie a été initié par François Nussbaumer, photographe strasbourgeois.

Réunie autour du projet, une association dite de «préfiguration» a été constituée en mai 2000, rassemblant des personnes de tous milieux (peintres, écrivains, philosophes, collectionneurs).
Elle s'est fixé deux ans pour faire aboutir le projet. Celui-ci sera notamment présenté aux élus, dont l'appui est indispensable. «Reflet de la photographie» en Alsace et Outre-Rhin, le centre de la photographie sera à la fois un lieu de plaisir, de réflexion, de connaissance et d'étonnement. Ses objectifs : accueillir et diffuser la création photographique nationale et internationale, faire connaître l'histoire et les différentes composantes des cultures du bassin rhénan, développer une pédagogie de l'image pour tous. Clé de voûte du Centre de la Photographie, l'exposition aura pour objet d'en synthétiser l'esprit. Le Centre devra avoir l'ambition d'accueillir de grandes expositions qui auront pour vocation d'être diffusées dans le bassin rhénan, en France et en Europe. L'édition de catalogues, d'affiches, de cartes postales permettra de prolonger le caractère éphémère de ces manifestations.
Porteur du projet, François Nussbaumer, photographe publicitaire et de mode, aimerait «fédérer toutes les sensibilités, toutes les tendances de la photographie et aussi faire venir en résidence des artistes». Un concours financier de la DRAC, de la Ville de Strasbourg et du Conseil Général du Bas-Rhin a permis à l'association de réaliser une première programmation. Une résidence d'artiste a été confiée à un photographe marseillais, basé à Paris, Antoine d'Agata.
Jusqu'au 27 juillet, la CCI accueille deux expositions. L’une sur le thème de l'Alsace vue par les photographes, «Lat. 47°/48° N – Long. 6°/7° E» est une exposition collective d'œuvres réalisées par 25 photographes de toutes tendances : reportage, illustration, plasticienne.... L’autre est consacrée aux photos réalisées par Arnold Odermatt, photographe de la police suisse. Thème : la police ou «Karambolage». Né en 1925, ce photographe a tenu sa première exposition en 1995, puis a continué très fort (il a notamment été présenté à la biennale de Venise).

 


 www.strasbourg.cci.fr
 www.cidj.asso.fr
 www.legifrance.gouv.fr
 www.culture.gouv.fr
 www.syndicatphoto.fr
 www.region-alsace.fr
 

Photographe
définition du métier

Le photographe réalise en extérieur ou en studio des types de photographies variées, à des fins d'utilisation commerciale ou d'exploitation tels que le reportage sur un sujet, la photographie spécialisée, le portrait, etc. Il est soit salarié, soit indépendant (le plus généralement c'est une entreprise personnelle qui conçoit et réalise des prises de vues et parfois aussi ses propres tirages).

Ne pas confondre...
Le terme de photographe est improprement utilisé dans le langage courant pour désigner d'autres métiers, à l'instar du tireur qui développe des photographies en laboratoire, le commerçant de détail qui sous-traite le plus souvent le tirage et le développement des photos, tout en offrant des services : vente de matériels, photos
d'identité, conseils...
Par contre, le preneur de vues peut être amené à réaliser des développements, c'est le cas des studios de prises de vues de taille importante, tandis que le négociant, principalement en province, effectue souvent prise de vues, portraits ou reportages.

D'un métier à l'autre
Les passages d'un métier à l'autre sont fréquents, avec parfois une
activité complémentaire d'édition en optant pour une spécialisation :
– par domaine : reportage, industrie, publicité, architecture, scolaire, mode, aérien, presse, spectacle, culturel ;
– par type de technicité : tirages couleur, noir et blanc, retouche ;
– par prise de vues : portrait, architecture, paysage, illustration d'ouvrages de librairie...

Aptitudes
Le photographe doit avoir du talent, de solides connaissances artistiques, de la ténacité et la volonté de percer dans un milieu en crise. À ses qualités se conjuguent la technicité, le sens de la mise en scène et de la négociation (indispensable pour remporter un contrat ou placer un reportage). Les qualités qui seront essentielles : être rapide pour réagir à l'événement et livrer les travaux.

Le marché de la photographie
Les acteurs de ce marché sont nombreux, mais difficiles à dénombrer à cause de leur dispersion et de leur instabilité. Ils peuvent être inscrits sous plusieurs codes NAF (classification Insee), dont les plus courants sont le code 748 A : studios et autres activités photographiques (comprenant les travaux de prises de vues et les traitements qui y sont liés), le 748 B : laboratoires techniques de développement et de tirage (comprenant les laboratoires industriels et minilaboratoires) et le 923 A qui regroupe les activités artistiques. La direction de l'artisanat recense les photographes inscrits au registre des métiers.

En France, environ 30 000 personnes sont occupées dans des studios de prises de vues et dans les laboratoires. C'est une approximation, car l'affectation des photographes dans plusieurs nomenclatures est courante. D'après les estimations 2000 de API/Image Market, la prise de vue professionnelle fait vivre directement près de 20 000 personnes en France, dont 14 200 sont des photographes. On distingue le marché des très petites entreprises (un seul photographe à son compte) et les studios aux effectifs plus nombreux.

Dans le Bas-Rhin, 64 studios photos immatriculés au RCS sont répertoriés par le Service des Fichiers de la CCI, sous le code APE 748 A, pour majorité des SARL (37 établissements employant de 1 à 5 salariés en moyenne). 18 sont des artisans-commerçants, propriétaires-exploitants.
Un seul établissement se situe dans la catégorie 11-19 salariés.

Réglementation
Aucun diplôme n'est nécessaire pour se mettre à son compte, mais les formations sont évidemment incontournables. Les professionnels (artisans, artiste auteur ou en société) ont la possibilité d'adhérer au syndicat qui leur attribuera la carte de photographe professionnel, délivrée annuellement.

Se former au métier de photographe
Il ne suffit pas d'appuyer sur un bouton pour faire une bonne photo. La maîtrise des techniques de prises de vues est nécessaire. Une fois la photo dans la boîte, il s'agit pour le professionnel d'accompagner la tâche jusqu'à son aspect final : le développement, l'épreuve, les retouches, le tirage, la repique... La plupart des formations intègrent prises de vues et techniques de laboratoire, dont les débouchés semblent plus nombreux que ceux de la prise de vue. Les diplômes vont du CAP à la MST photo, en passant par le BTS photographie et le DEUG arts plastiques, option photo, jusqu'au diplôme d'ingénieur. Un diplôme de niveau IV (BEP) est en cours. Au-delà des filières classiques (École Louis Lumière de Marne-la-Vallée, CFT des Gobelins, École Nationale de la photographie d'Arles, etc.), les cursus dans des établissement publics ou privés sont nombreux. Sans oublier les stages de formation continue initiés par corporations de photographes.
Pour plus de renseignements , consultez le carnet du CIDJ : «les métiers de la photographie» : www.cidj.asso.fr
En Alsace : CFA Centre-Alsace de Colmar,
03 89 21 57 40

Expositions CCI
«Karambolage» et «Lat. 47°/48° N – Long. 6°/7° E»
Jusqu'au 27 juillet, du lundi au samedi de 13 h à 18 h.
Catalogue disponible.
[ Contact CCI ]
03 88 75 24 75

Les droits d'auteur d'une photographie
Les différents droits sont inscrits dans le Code de la Propriété Intellectuelle (CPI) qui reprend les éléments figurant dans la loi de 1985 dite Loi Lang, elle-même issue de la loi de 1957.
– Droit moral : est attaché à la personne de l'auteur, c'est un droit «inaliénable et imprescriptible» qui permet de faire respecter l'intégrité de l'œuvre et de sa signature.
– Droit patrimonial : ensemble des droits d'exploitation de l'œuvre qui peuvent être cédés.
– Droits d'auteurs : perçus lors de la reproduction de l'œuvre, lors de sa représentation (par exemple lors d'expositions).

Conseils :
– Ne jamais se séparer d'une photographie ou d'une diapositive sans y faire figurer ses coordonnées, ainsi que la mention minimale : «reproduction interdite sans autorisation».
– Établir un contrat écrit ou un bordereau de remise de photographies entre le photographe et l'utilisateur, prévoyant les modes de rémunération et d'utilisation des photographies. La plupart des conflits proviennent de l'absence de ces documents.
Retrouvez le code de la propriété intellectuelle sur Légifrance
[ Site ] www.legifrance.gouv.fr

Sources d'information
Ministère de la Culture
tél. 01 40 15 80 00 www.culture.gouv.fr

DEGAS, Direction des entreprises commerciales, artisanales et de services, tél. 01 43 19 24 24
www.pme-commerce-
artisanat.gouv.fr

UPC, Union des Photographes Créateurs, Maison des photographes, regroupe 1 300 photographes dans les différents secteurs de la publicité, du reportage, de la mode, de l'édition et de l'illustration de toute la France. Tél. 01 42 77 24 30

GNPP, Groupement National de la Photographie Professionnelle. Syndicat qui regroupe les photographes professionnels artisans. Tél. 01 42 77 24 30

CSPP, Chambre syndicale des photographes professionnels :
regroupe toutes les branches de la profession, représentation, promotion, information,etc. : www.syndicatphoto.fr

Documentation
Photographe indépendant, étude de l'APCE, année 2000.
[ Contact CCI ]
Monique Siffert,
03 88 75 25 50
information
@strasbourg.cci.fr

Les chiffres
– 1 800 portraitistes
– 4 000 mode et publicité
– 1 400 presse
– 500 édition
– 900 auteurs
– 100 photographes aériens
– 350 photographes intégrés
– 450 photo-filmeurs
– 500 photographes des administrations (Source API, 1998)

Les vecteurs de clientèle : la presse, l'édition, la publicité et le multimédia. Le photographe a la possibilité de travailler avec une agence qui archivera ses photos.

La Corporation des photographes
Association de droit local, elle rassemble les artisans qui exercent le métier de photographe. Représentative de la profession, la corporation promeut l'image du métier en développant des rencontres, échanges et diverses manifestations, veille à l'information et à la formation de ses membres. Elle exerce un rôle d'observation des marchés et assure la veille commerciale et technologique de la profession afin de donner aux petites entreprises les moyens d'assurer leur évolution et leur adaptation.
[ Contact ]
UGA, Maison de l'Artisanat
à Colmar, 03 89 23 65 65
www.artifrance.fr

Enquête sur la profession
En 1997, les photographes ont engagé une démarche de métiers dont l'étude a été financée à 80 % par la Région (19 000 s). Ils ont bénéficié également d'une aide pour une étude collective destinée à approfondir de manière individualisée, au sein de chaque entreprise, les orientations de l'étude de métier.
Dans le cadre des aides régionales, les photographes peuvent bénéficier de la Prime Régionale à l'Emploi (PRE), de la Prime Régionale à la Création d'Entreprise (PRCE) et du Prêt Participatif Régional (PPR). Ils peuvent également solliciter le Fonds Régional d'Aide au Conseil (FRAC).
En ce qui concerne l'aide à l'investissement en matériel productif, seuls les photographes relevant de la Fédération Régionale des Métiers d'Art (FREMAA), en tant qu'artisan d'art, peuvent prétendre à la Prime Régionale à l'Artisanat.
[Pour en savoir plus ]
Région Alsace, direction du Développement Économique 03 88 15 68 80 –
eco@region-alsace.fr
Site de la Région Alsace : www.region-alsace.fr
(formulaires téléchargeables de ces aides).

 

   
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