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Le marché
local du recrutement n'est pas au meilleur de sa forme. Après
deux excellentes années, 2002 a débuté cahin-caha
sous l'effet conjugué du choc du 11 septembre et de la montée
du chômage. Quelques clignotants laissent cependant entrevoir
une reprise et annoncent quelques surprises comme le retour en grâce
des «quinquas».
Certes
la baisse des recrutements était annoncée pour le
mois de juin 2001, mais personne n'avait prévu les attentats
du 11 septembre et leurs répercussions sur l'économie.
«Tous les cabinets de recrutement, estime Bruno Laurent, dirigeant
de Transman, ont souffert de cette situation. Le mois de novembre
a été très difficile et nous reprenons cette
année 2002 en “ramant”».
Globalement, dans la région, le Bas-Rhin a été
moins touché que le Haut-Rhin et un recul des projets de
recrutement est enregistré en particulier dans les secteurs
de la mécanique, de l'électronique et des télécommunications.
«De fait, explique Philippe Haen, directeur de Managing, nous
constatons un certain attentisme de la part des chefs d'entreprise
qui ont gelé bon nombre de leurs projets de recrutements.»
Ainsi, le marché local connaît quelques tensions, mais
la situation n'est pas réellement préoccupante. Dans
le domaine de la santé, les recrutements dans des entreprises
comme Lilly ou Octapharma connaissent une forte progression. Les
technologies de l'information et de la communication et le secteur
des sciences de la vie avec des entreprises comme Aventis ont une
bonne tenue. Enfin, on note aussi la forte demande qui émane
des call-centers. «Geler les postes, poursuit Bruno Laurent,
signifie que des besoins ont été identifiés.
Depuis un mois, les demandes en cadres dirigeants au niveau technique
ou commercial semblent repartir. Nous faisons le même constat
dans les pays limitrophes. Les grandes banques et les assurances
luxembourgeoises qui sont parmi les plus grands recruteurs d'Europe
avaient stoppé net leurs recrutements. Aujourd'hui, ce marché
semble reprendre. Nous observons les mêmes tendances chez
les suisses, mais aussi chez les allemands qui ont pourtant beaucoup
souffert car ils sont très dépendants du marché
américain. Enfin, il faut noter que nous ressentons ce redémarrage,
non pas dans les grandes entreprises, mais plutôt dans les
PME-PMI.»
Les cadres confirmés plus recherchés
Au hit-parade des recrutements, ce sont les fonctions commerciales
et de recherche-développement qui prédominent actuellement,
suivies ensuite par les fonctions de production.
Qui recherche-t-on ? Des jeunes diplômés ou des cadres
confirmés ? Tout dépend du secteur d'activité.
Globalement, l'engouement pour les jeunes diplômés
semble s'être atténué. «Mais, précise
Philippe Haen, les banques de la place en sont toujours friandes.
Avis aux amateurs : elles recherchent toutes des conseillers clientèle
bac + 4. C'est une denrée rare car beaucoup d'entre eux ont
été absorbés par la grande distribution. L'offre
est supérieure au nombre de candidats potentiels. Sinon,
nous constatons paradoxalement une augmentation de la demande de
cadres confirmés notamment pour des postes de gestion et
de finance.»
Bruno Laurent observe le même phénomène : «Aujourd'hui,
à notre grande surprise, les quinquagénaires, tous
secteurs confondus (pharmacie, biotechnologies, services, grande
production), sont très demandés pour des postes de
direction, de managers, etc. En ce moment, par exemple, douze recrutements
sur les 40 que nous menons de front concernent des quinquagénaires.
Nous ressentons cette tendance au travers de tous les pays limitrophes.
Les PME-PMI qui recherchent un cadre ont davantage besoin de polyvalence.
Or, plus la polyvalence est demandée, plus l'expertise d'un
quinquagénaire est demandée. Il y a un lien de cause
à effet.»
Comment attirer des compétences
en Alsace ?
Vaste sujet. Certes les vieux clichés sur le dialecte, le
climat, etc. se sont estompés, mais les candidats restent
toujours attirés par la moitié sud. «On arrive
encore à faire venir des gens de Lille, de Valenciennes,
des Ardennes, etc., mais il est très difficile, par exemple,
de faire venir des gens qui vivent à Lyon car Lyon est l'antichambre
pour Montpellier, Toulouse ou Nice. Ce phénomène,
remarque Philippe Haen, a encore été amplifié
par les 35 heures.»
Bruno Laurent admet qu'il n'y a pas vraiment de recette pour attirer
les cadres. «Lorsqu'une personne est pressentie, nous lui
vendons le poste, l'entreprise, mais aussi l'environnement. Nous
faisons venir l'épouse, nous leur faisons visiter les alentours,
nous anticipons leurs besoins en scolarité, en appartements,
etc. Nous leur proposons en somme tout un ensemble de services connexes.
C'est un package complet, un énorme travail, mais qui marche.
C'est ainsi que nous procédons pour attirer des ingénieurs
parisiens au Liechtenstein – et nous y arrivons – et
c'est également comme cela que nous travaillons à
Strasbourg.»
Les limites de l'Internet
Les
supports de diffusion des offres d'emploi sont aussi en pleine mutation.
Ainsi, on note une baisse importante du marché de l'annonce
dans la presse et une explosion des sites de recrutement sur le
Web. Parallèlement, les cabinets de recrutement, mais aussi
les entreprises utilisent de plus en plus ce vecteur. Pour Philippe
Haen, «l'Internet est rapide, réactif et a pour avantage
de drainer du volume. Mais il y a un revers à la médaille
: nous recevons 2 500 CV par mois pour plusieurs dizaines de missions.
Autant chercher une aiguille dans une meule de foin. Les candidats
envoient leurs CV à un très grand nombre d’entreprises
en même temps, au point que certains d'entre eux ne savent
plus, lorsqu'on les rencontre, de quelle annonce il s'agit. Cette
méthode fait concurrence à la presse qui a vu son
marché de l'annonce baisser de moitié. L'approche
directe se développe de plus en plus. La chasse de tête
dont le prix a baissé a de beaux jours devant elle au grand
dam de la presse écrite.»
Bruno Laurent remarque qu'il traite un plus gros volume de CV ,
mais avec un résultat pas vraiment plus important qu'avant.
Quant aux entreprises qui le font en direct, elles sont vite submergées
par le flot de réponses. «Notre rôle, souligne
Philippe Haen, est d'aider l'entreprise à extirper les meilleurs
CV de cette masse puis d'analyser le candidat, ses qualités
humaines, ses motivations. Rien ne remplace l'entretien en face
à face. Notre métier reste un métier de ressources
humaines dont les entreprises ont besoin plus que jamais.»
Les vertus du recrutement interne
Benoît Hoffmann, l'actuel directeur des ressources
humaines de la CCI, était en poste à Nancy et rêvait
de revenir vivre à Strasbourg, sa ville natale. «Un
jour, raconte-t-il, une de mes connaissances a été
chassée pour ce poste par un cabinet de consultants. Comme
elle n'était pas intéressée, elle m'en a fait
part. Cela veut dire qu'il est au moins aussi important d'avoir
son réseau personnel que de répondre à des
annonces.»
Benoît Hoffmann prend alors contact avec le cabinet de recrutement.
Après une conversation téléphonique informelle,
un CV et une lettre de candidature lui sont demandés. «C'est
la logique de la chasse de tête. Les candidats pressentis
sont contactés par téléphone. Un dialogue se
noue. S'il y a adéquation et affinités, cela débouche
sur un entretien.»
Après une entrevue avec le consultant, Benoît Hoffmann
rencontre le directeur général de la CCI, lequel le
choisit parmi d'autres candidats.
Depuis son arrivée à la CCI, Benoît Hoffmann
est, comme tous les DRH, amené à recruter. Il préfère
privilégier dans la mesure du possible les candidatures internes.
De plus, le fait de recruter en interne permet de mieux connaître
les différents services et postes de l'entreprise et de bien
cerner les profils dont on a besoin. Cela ne s'arrête pas
simplement à l'acte de recruter. Ainsi, l'annonce circule
durant 15 jours dans la maison avant d'être diffusée
éventuellement dans la presse ou sur Internet. Les candidats
dont les CV ont retenu l'attention du responsable de service qui
recrute sont reçus par le DRH qui effectue une pré-sélection.
«C'est ensuite au responsable de service qu'il appartient
de prendre la décision finale.»
Benoît Hoffmann, qui a déjà réalisé
bon nombre de recrutements tout au long de sa carrière professionnelle,
considère que cela fait intégralement partie de son
rôle. «Le recrutement n'est pas une science exacte.
On n'est pas infaillible et l'on peut se tromper.» Au DRH
et aux responsables de service d’assumer leurs responsabilités.
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