| |
Équilibre
des différentes fonctions du bâtiment, agencement des
volumes, harmonie des proportions, qualité des matériaux,
insertion dans le site et dans l'environnement, ergonomie... Loger
une entreprise ne se résume pas à trouver des locaux.
Davantage qu'un lieu pour travailler, l'immobilier entre dans la
stratégie de l'entreprise et devient sa vitrine.
Le marché français – et l’alsacien en
particulier – continuent de séduire les investisseurs
et les entreprises. Quand ils recherchent un terrain, ils s'adressent
souvent à la direction de l'aménagement du territoire
de la CCI.
«Nous leur proposons les zones que nous gérons. Nous
les orientons aussi vers le comité d’expansion du Bas-Rhin
(Adira) ou le service de la CUS qui développe des zones sur
ses 27 communes», explique Jean-Marc Fabre, directeur du service
de l'Aménagement du territoire de la CCI.
Une demande qui dépasse l’offre
Les
demandes sont nombreuses et l'offre foncière rare et onéreuse.
Ce qui explique partiellement la tendance des investisseurs à
louer leurs locaux, au moins dans un premier temps. Concernant la
nature des implantations, «nous avons toujours cherché
des PME/PMI, nous n'avons pas la main d'œuvre pour des grosses
usines de production. Nous préférons travailler avec
des sociétés à forte valeur ajoutée»,
explique Bernard Higel, le directeur général de l'Adira.
Si de l'avis des aménageurs de zones, celles-ci sont jusqu'à
présent plutôt ternes, peu arborées, on s'oriente
aujourd'hui vers plus de qualité. On privilégie des
espaces où les équipements dédiés à
l'entreprise profitent à l'ensemble de la population. Pour
exemple, les parcs à thème comme celui d'Illkirch,
dédié aux biotechnologies. L'Est se distingue par
le début de la mise en oeuvre de politiques de développement
durable dans l'aménagement ou le développement immobilier,
assorties de cahier des charges.
L'Alsace, terre d'accueil des entreprises
«Un terrain n'a pas de valeur en soi. Nous vantons une ambiance
et un environnement à un entrepreneur, davantage qu'un terrain»,
affirme Bernard Higel. Cette association de développement
du Bas-Rhin propose depuis 52 ans aux entreprises candidates à
l'implantation, un service complet et gratuit d'orientation et d'accompagnement.
Pour attirer toujours plus d'entreprises en Alsace, l'Adira prospecte
en France et à l'étranger.
Handicap : l’Alsace reste enclavée
La question du logement, Bernard Higel la connaît bien. Il
y est confronté chaque fois qu'une entreprise a pris sa décision
de s'implanter dans le Bas-Rhin. «Beaucoup d'entre elles ne
veulent plus immobiliser leurs capitaux pour devenir propriétaires
; 40 % s'installent dans le périmètre de la CUS. Or
là, peu d'immobilier est encore disponible. La mise en place
d'une aide régionale à l'investissement immobilier
sous forme d'un crédit-bail a, depuis quelques années,
incité les entrepreneurs à construire. Alsabail finance
à l'aide d'un prêt à taux zéro jusqu'à
50 % de l'investissement.»
Mais cette facilité financière ne fait pas perdre
de vue aux entreprises leurs critères de choix d’implantation.
Elles optent pour une région. L'accessibilité routière,
autoroutière, ferroviaire et aérienne est à
leurs yeux une donnée importante. «Les sociétés
veulent accéder rapidement à toutes les grandes capitales
européennes. Or, l'Alsace reste enclavée et c’est
l’un de nos plus gros handicaps», affirme Bernard Higel.
Un atout : le multilinguisme
La
disponibilité et la qualité de la main d'œuvre
pèsent aussi dans la décision des chefs d'entreprises.
En Alsace «la productivité est, tous frais confondus,
entre 15 et 30 % supérieure à l'Allemagne et aux États-Unis.
À cela s'ajoutent le multilinguisme fréquent chez
les salariés et l'excellent niveau des universités
et des laboratoires. Enfin, une entreprise attache une grande importance
aux services dont elle aura besoin : les agences de communication,
les sociétés de recrutement, de développement
et de réparation de process industriel. De ce côté
là, l'Alsace est bien pourvue !» souligne Bernard Higel.
Ajoutons encore le paramètre non négligeable du climat
social. Les 2 à 3 % de taux de syndicalisation des salariés
alsaciens n'ont pas de quoi inquiéter les patrons.
Tant d'atouts les séduisent. Résultat, l'Alsace est
la cinquième région française pour le nombre
de projets étrangers. «Malgré la crise, l'Adira
a concrétisé en 2001 soixante-treize opérations
dans le Bas-Rhin, représentant à terme 1 491 emplois.
Cela dit, nous manquons cruellement de grandes zones d'activité
de 70 à 100 ha. Les usines agro-alimentaires ou de biotechnologie
en sont demandeuses. Six projets de plates-formes départementales
sont en projet. La première verra le jour à Dambach-la-Ville
d'ici un à deux ans.»
Pour éclairer entreprise et grand
public
Le conseil d'architecture d'urbanisme et de l'environnement (CAUE)
accompagne les entreprises et les particuliers à la maîtrise
d'ouvrage. Cet organisme départemental institué par
la Loi sur l'Architecture du 3 janvier 1977 est indépendant
et interdit de maîtrise d'œuvre. «Notre équipe
d'architectes, d'urbanistes et de paysagistes mène des études
de faisabilité, rédige des programmes, conseille et
assiste tous ceux qui ont le sentiment d'avoir un besoin en matière
d'habitat», expose Guy Hilbert, le directeur du CAUE du Bas-Rhin.
«Le sentiment, car leurs besoins, ils ne les connaissent pas
forcément. Nous sommes là pour donner du sens à
leurs besoins et leurs choix. Nous travaillons afin que les entreprises
et les particuliers deviennent des maîtres d'ouvrage. Bien
souvent, ils délèguent cette tâche, ou bien
optent pour la location, ou encore s'adressent à des entreprises
de construction clé en main. Dans ce cas, ils déterminent
un nombre de m2, un coût et un délai.» Dans le
cas des entreprises, les enjeux ne sont pas toujours pris en compte.
Agir de la sorte, c'est faire fi de son développement, de
ses orientations stratégiques, et de son image. «Or,
le bâtiment est aussi important pour l'entreprise que le produit
qu'elle fabrique. Sa fonctionnalité, son organisation, son
acoustique, sa lumière... une usine, un bureau doivent être
pensés comme des lieux de vie agréables, sans quoi
ils sont générateurs de conflits et de mauvais rendements.»
Faire jouer la concurrence
Mais ne vous méprenez pas ! «Si nos études conduisent
les professionnels à énoncer clairement leurs besoins
et leurs objectifs, il n'y a jamais un, mais des scénarios
possibles, chacun avec des avantages et des inconvénients.
Le maître d'ouvrage prendra sa décision en connaissance
de cause», commente Guy Hilbert.
Avant tout, le CAUE conseille à ceux qui le consultent, de
mettre en concurrence plusieurs bâtisseurs et de comparer
leurs propositions. «Pensez à votre responsabilité
socio-économique en faisant votre choix», lance-t-il
aux industriels. «Les entreprises devraient devenir des lieux
d'expérimentation architecturale. Elles devraient se développer
dans une logique d'écologie et d'économie en matière
d'eau, d'énergie, d'éclairage, de récupération
de déchets. Il faut également sortir de la notion
de zone d'activité comme espace spécialisé.
Autrefois, les usines construisaient des villes pour leurs ouvriers.
Aujourd'hui, elles se concentrent sur leur production et ignorent
leur environnement. Pourquoi le terrain de tennis d'une entreprise
ne pourrait-il pas être mis à disposition des villageois
qui vivent à proximité ? On crée des services
publics pour les industriels. Il est temps que les industriels œuvrent
à leur tour pour la collectivité.»
Une pépinière d'entreprises
au Centre Halles
ADITEC 67, une pépinière d'entreprises destinée
aux technologies de l'information ouvre au mois de juin, au 12e
étage de l'immeuble Sébastopol, place des Halles.
Dix bureaux sont désormais prêts à accueillir
six à sept créateurs d'entreprise. La pépinière
leur offre pour une durée maximale de 23 mois beaucoup plus
qu'un toit. Sans quoi, cette structure ne serait rien d'autre qu'un
centre d'affaires. Une pépinière met à disposition
de jeunes entrepreneurs une structure d'accompagnement : des équipements
et des services partagés par tous. Citons l'accès
haut débit, la photocopieuse, la salle de réunion,
la cafétéria, l'assistance administrative. Mais il
y a davantage. Gérée par l'Adira, la pépinière
dispose sans frais, des conseils de l'équipe de l'Adira et
d'un grand nombre de ses partenaires dans les domaines juridique,
comptable, marketing, et des ressources humaines. Résultat
: les entreprises qui passent par une pépinière ont
deux fois plus de chance de survie que les autres.
Un choix raisonnable pour une jeune entreprise
Marketweibes
est la première à s'installer. À sa tête
Éric Glanz, l'ancien directeur de In Extenso qui a déposé
le bilan en décembre dernier, et Alexandra Bianchini, une
ancienne de chez Carrefour, un des gros clients d'In Extenso. Leur
nouvelle structure cible les PME/PMI de la grande région,
en quête de compétences dans les domaines du site web,
du commerce électronique, de la gestion de contenu, de sécurité
informatique, de marketing et de conseil. La décision d'Éric
Glanz de rejoindre une pépinière d'entreprises peut
surprendre, quand on apprend son expérience de quelque dix-huit
années comme directeur d'entreprises. «Le domaine des
nouvelles technologies reste incertain et en phase de maturation.
23 mois de pépinière vont nous permettre de nous positionner
sur le marché local», explique-t-il.
«ADITEC 67 permet à une petite entreprise d'entrer
dans une grande structure, pour des frais de fonctionnement tout
à fait maîtrisés. Avec un capital de départ
de 8 000 E, on ne peut pas investir dans une infra-structure, dans
les ressources humaines et la communication. C'est autant de gagné
pour les fonds propres de l'entreprise. Nous comptons aussi sur
l'émulation inter-entreprises. Nous allons pouvoir échanger
des informations, trouver des accords pour l'un ou l'autre projet
et peut-être même communiquer ensemble, lors de salons
par exemple. Enfin les services juridique, financier, et de veille
technologique à notre disposition grâce à la
pépinière, constituent une aide précieuse.
Notre choix est une décision raisonnable.» Pour en
bénéficier à votre tour, il suffit de faire
acte de candidature et de fournir un business plan. Le dossier est
examiné par un comité de sélection composé
du financeur – le Conseil Général du Bas-Rhin
– et des partenaires de l'Adira. (457 347,05 E soit 3 MF
d'investissement)
[ Contact
]
Olivier Eck à l'Adira, 03 88 52 82 82
Entretien
avec Francis Grignon,
Président du Club de l'immobilier d'entreprise du Bas-Rhin
Comment est né le club ?
«Il est né d'une constatation. L'Adira et la CCI se
sont aperçues il y a deux ans, qu'il manquait sur le territoire
de la CUS des locaux de 200 à 400 m2, disponibles rapidement.
En réalité, ils ne faisaient pas défaut. Nous
ne possédions pas l'information.
Pour y pallier, nous avons décidé de réunir
les professionnels concernés par l'accueil des entreprises.»
Qui sont-ils ?
«L'Adira, la CCI, la CUS, le comité des banques du
Bas-Rhin, Alsabail, la FNAIM, Auguste-Thouard et associés,
l'ADEUS, Rive Gauche Bourdais, DTZ Jean Thouard, la SERS, Clestra,
Camacte, Révolution Immobilier, le Caire, Schweitzer, la
Banque Populaire, la Compagnie Marchande Immobilière, Cirmad
Est, JCS, SDAU.»
Comment agissez-vous et quels sont les objectifs du club
?
«Nous nous réunissons régulièrement et
nous partageons notre information. Nous faisons le point sur l'immobilier
et les terrains disponibles. Nous faisons aussi du lobbying auprès
des instances décisionnelles : le Département et la
CUS. C'est de cette façon que sont nées deux pépinières
d'entreprises, à Illkirch et dans un immeuble du Centre Halles.»
Quelles sont vos perspectives ?
«Nous allons rester à l'écoute du marché,
des problèmes d'immobilier et continuer à en informer
les instances qui ont le pouvoir d'agir.»
Deux entreprises pilotes
Elles ont construit et sont devenues lauréates
du trophée 2000 de qualité architecturale des lieux
de travail
General Motors – 1997.
Le
constructeur et équipementier automobile General Motors inaugure
sur son site le centre technique européen destiné
aux études et aux tests de composants mécaniques.
Ce bâtiment accueille des ingénieurs, des bureaux de
recherche et développement du groupe ; autant dire qu'il
doit, sinon impressionner, en tout cas imposer une image.
«Nous avons rédigé le cahier des charges en
interne, puis lancé un concours d'architecture. Aucun projet
n'était meilleur que l’autre. En revanche le bureau
d'architecture Archicub a su imaginer un projet ni trop, ni pas
assez contemporain, compréhensible d’un américain
comme d’un européen, en un mot : universel. Nous souhaitions
également une structure pas trop luxueuse mais vecteur de
qualité, de sérieux, de simplicité et de modernisme»,
se souvient Silvère Duplé, ingénieur génie
civil en charge de la maintenance des bâtiments neufs.
Cinq ans plus tard, le maître d'ouvrage reste satisfait de
ses choix. «Nous avons opté pour des matériaux
et une construction haut de gamme et les salariés qui l'habitent
sont des personnes respectueuses. Le site vieillit bien»,
conclut-il.
Une image valorisante de l’entreprise
Le pari est gagné. Située à l’orée
de la forêt, bien insérée dans son environnement,
l'extension de General Motors offre une image valorisante de l'entreprise.
Les deux zones fonctionnelles, le laboratoire d'essais et les bureaux,
sont fortement identifiées. Les agrandissements potentiels
sont envisagés. Les espaces, les matériaux, les techniques
d'éclairement et d'isolation phonique sont de qualité.
Quant aux conditions de travail, elles ont largement été
prises en compte. «L'architecte nous a apporté de nombreuses
idées. Nous avons mené un important travail de fond
avec chacun des trente corps de métiers pour adapter au mieux
leurs prestations au projet. Cela nous a valu une année de
concertation mutuelle entre le maître d'ouvrage, les utilisateurs,
les concepteurs, l'architecte et les entreprises ; chacun devait
impérativement comprendre la façon de travailler de
l'autre, ses relations avec ses collègues, afin que tous
les salariés réalisent leur mission au sein de la
nouvelle structure, dans les meilleures conditions possibles. Cette
construction est le fruit de cette compréhension-là.
C'est réussi», constate Silvère Duplé.
Ébénisterie Seltz et fils
Sur
le site existaient déjà quatre bâtiments. Tous
d'architecture très simple. La dimension esthétique
n'avait pas été à l'époque un critère
d'élection. Pour la dernière extension, il en fut
autrement.
Il faut dire que Seltz avait entre- temps acquis des lettres de
noblesse en France et à l'étranger. «Nous recevons
de nom-breux clients. La première impression est toujours
importante. Elle devait être positive. On ne pouvait plus
se contenter de construire un bloc de béton. Nous voulions
une belle construction, aux allures contemporaines et qui tienne
compte de l'environnement», se souvient André Seltz,
père. Situé à deux pas du village classé
de Mittelbergheim, entouré de coteaux vinicoles, le bâtiment
de finition et de stockage épouse la ligne courbe de la route
et celle horizontale du paysage.
Si les murs arrières sont restés en béton,
les façades en bois rappellent qu'on est ici chez des ébénistes.
Les grandes baies vitrées réduisent les limites entre
extérieur et intérieur. «Ce nouveau cadre a
une influence positive sur le travail et l'ambiance. Nous avons
bien su cerner nos besoins. L'architecte Hervé Wirth a enveloppé
l'ensemble du site avec la nouvelle construction pour en faire une
vitrine. La suite est pensée même si elle n'est pas
pour l'instant à l'ordre du jour. À tous les entrepreneurs
qui souhaitent construire, je conseille de préférer
un écrin de verdure à une zone industrielle. Une usine
devrait être entourée d'arbres. L'environnement est
primordial pour le client et les salariés.»
|