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Le
passage à l'euro a occasionné d'importants préparatifs
et de vastes campagnes de communication. Il a également suscité
beaucoup d'inquiétude, mais au final, tout s'est plutôt
bien passé. Les banques étaient en première
ligne pour ce passage. Certains de leurs représentants nous
livrent ici leurs observations et impressions.
Hormis les Alsaciens et Mosellans, les Français, pour la
première fois, depuis le bon roi Charlemagne, ont changé
de monnaie. Cet événement attendu, préparé
et expliqué pendant plus de trois ans semble aujourd'hui
presque anodin et pourtant...
"Si le passage à l'euro s'est fait en douceur, explique
Jean-Marie Stackler, directeur du marché de l'économie
locale à la Caisse d'Épargne, c'est bien parce que
tout a été organisé pour qu'il en soit ainsi.
Ce moment exceptionnel s'est déroulé dans de bonnes
conditions et mieux que nous ne le pensions. Nous avions envisagé
des situations extrêmes. Nous pensions, par exemple, que les
distributeurs de banque seraient assaillis dès le premier
janvier, minuit, et nous avions prévu de les réalimenter
au cours de cette même journée, mais nous n'avons pas
eu à le faire. Nous avons imaginé des scénarios
qui ne sont pas réalisés. À l'inverse, nous
n'avons pas été confrontés à des situations
que nous n'avions pas prévues."
Une vitesse d'inté-gration étonnante
Dominique
Stoltz, directeur de l'organisation et du système d'information
au CIAL, confirme les propos de son confrère et dit avoir
été surpris par la vitesse à laquelle le grand
public s'est emparé de l'euro fiduciaire. "Nous avions
tout de même prévu que les billets seraient traités
par les banques et la monnaie par les commerçants, mais c'est
le contraire qui s'est produit et la logistique a été
un peu prise de court. Mais aujourd'hui, pour le grand public, c'est
terminé."
Même le monde agricole, qui raisonne encore souvent en anciens
francs, s'y est rapidement mis, ainsi qu'en témoigne Pascal
Maire, chef du service trésorerie au Crédit Agricole
d'Alsace Vosges. "Nous n'avons pas constaté de dichotomie
entre ce public et les autres clients. Plus généralement,
la réaction des particuliers a été très
forte. Nous nous attendions à une montée en puissance,
mais il y a eu une véritable ruée dès la première
semaine. Par exemple, lorsque nous avons reçu les sachets
d'euros, nous craignions de ne pouvoir les écouler. Or, 45
% du stock est parti en deux jours et 90 % en 15 jours."
Le plus dur est à venir
Ainsi,
l'engouement du grand public pour l'euro n'était pas prévu.
Dès le mois de décembre, le succès des kits
d'euros aurait pourtant dû le laisser présager
" Ensuite, dit Marc Poyet, directeur des engagements à
la direction régionale Nord du Crédit Mutuel, nous
avons assisté, dès le 2 janvier, à 15 jours
de folie. Les Français voulaient se débarrasser de
tous leurs francs. Ils ont même cassé les tirelires
des enfants. Le franc a vécu 630 années. Aujourd'hui,
il n'existe plus et, pourtant, le plus dur reste à venir
car il faut que l'on apprenne à raisonner en euros. Nous
nous moquions de nos grands parents, mais de ce point de vue-là,
nous sommes comme eux. Nous convertissons en francs même notre
fiche de paie."
Force est de constater, en effet, que le concept euro n'a pas encore
vraiment été intégré. Tout va bien lorsqu'il
est question du prix de la baguette ou du journal. "En revanche,
souligne Jean-Marie Stackler, lorsque nous sommes en présence
de prix plus élevés comme le prix d'une voiture, par
exemple, un mécanisme de conversion automatique se fait dans
la tête. On observe ce réflexe chez tout le monde,
y compris les professionnels."
Le double affichage encore en vigueur ralentit certainement la maîtrise
du concept euro, mais aurions-nous pu faire autrement ? "Tant
qu'il existe, poursuit Jean-Marie Stackler, les gens se raccrochent
aux prix en francs. Mais parallèlement il est d'une nécessité
absolue, notamment pour les personnes âgées."
Heureusement, lance sous forme de boutade, Dominique Stoltz, "la
division étant plus difficile, cela va nous obliger à
penser en euros beaucoup plus vite."
Quoi
qu'il en soit, le passage à l'euro n'a pas constitué
un frein à la consommation. Bien au contraire. Les soldes
ont plutôt bien marché et les dépenses à
la veille des fêtes de fin d'année ont sans doute été
plus importantes car certains ont ressorti leur bas de laine. Quant
à l'augmentation des prix que beaucoup redoutaient, Marc
Poyet constate qu'elle est limitée. "Hormis certains
petits commerçants qui ont arrondi un peu rapidement à
l'euro supérieur, en général les prix sont
plutôt tirés à la baisse." Pour Pascal
Maire, les prix ne bougent pas. "Il y a eu quelques craintes
au début, mais chacun se construit
progressivement un référentiel, puis l'intègre
après avoir vérifié qu'il n'a pas été
floué.
Il y aura une accélération le jour où le double
affichage aura disparu."
L'euro, un rendez-vous obligé
avec les clients
Finalement et globalement le résultat est plutôt satisfaisant.
Pour les banques, et au-delà de la surprise, la quasi-disparition
du franc en l'espace de trois semaines a occasionné un surcroît
d'opérations en un laps de temps très court. "De
mémoire d'employé de banque, nous n'avions jamais
connu une telle charge de travail", remarque Dominique Stoltz.
Et comme souvent dans ce genre de situations et dans le feu de l'action,
effort et solidarité se révèlent. "Tout
cela ne s'est pas déroulé sans énervement et
sans recomptage, reconnaît Marc Poyet, mais globalement l'ensemble
de nos salariés s'est retrouvé soudé pour faire
face ensemble."
Au-delà des mois de décembre-janvier qui ont été
très chauds, les préparatifs de passage à l'euro
ont occasionné dans toutes les banques d'importants chantiers
en matière d'organisation et d'accueil de la clientèle.
"Nous avions, explique Jean-Marie Stackler, le souci de maintenir
la qualité du service et embauché pour cela 130 personnes
en contrat à durée déterminée. L'euro
nous a amenés à réfléchir sur les modes
d'accueil de la clientèle et à mettre en place de
nouveaux dispositifs. Aujourd'hui, nous réorganisons notre
réseau."
Le chantier du passage à l'euro a également permis
aux banques de tisser et de resserrer les liens avec leurs clients.
"Nous sommes davantage allés sur le terrain, explique
Dominique Stoltz. Cela nous a donné une formidable opportunité
de rencontrer tous nos clients commerçants et, pour une fois,
sur un sujet qui ne fâche pas, mais autour d'un objectif commun.
Nous en avons profité pour moderniser nos relations avec
les commerçants et les entreprises via les technologies les
plus modernes et nous avons rattrapé notre retard en la matière."
Pour Jean-Marie Stackler, l'euro a été l'occasion
d'un rendez-vous obligé avec tous les clients. "Les
commerçants, explique-t-il, ont été contraints
de répondre à nos sollicitations, ne serait-ce qu'au
sujet des terminaux de paiement, par exemple. Nous avons ainsi eu
l'occasion de renouer des relations en donnant des conseils."
Fluidifier les échanges, baisser
les coûts
Les
grandes entreprises exportatrices n'ont pas attendu le passage à
la monnaie fiduciaire puisqu'elles utilisent l'euro depuis 1999.
Toutefois, le fait que l'euro soit devenu une monnaie de référence
dans certains pays va davantage faciliter leurs transactions. Les
petites entreprises, notamment celles qui exportent dans les pays
européens, gagnent en visibilité notamment au regard
des tarifs pratiqués par la concurrence.
À terme, le surcoût lié à la monnaie
internationale va disparaître progressivement au niveau des
virements. Un alignement des prix de l'eurovirement est prévu
d'ici juillet 2003.
"L'euro, explique Pascal Maire, devrait permettre de construire
les fondations d'un système bancaire européen et d'harmoniser
les circuits d'échanges. A priori les clients devraient en
retirer des avantages en termes de coûts."
Plus généralement, dans les régions frontalières,
les habitants passent plus facilement les frontières pour
aller faire leurs courses. "J'en veux pour preuve le nombre
de pièces allemandes, espagnoles, italiennes, etc, qui circulent.
L'effet euro est indiscutable. Même à Londres où
l'on n'est pourtant pas passé à l'euro, on y accepte
les euros partout."
Témoignages
Le Crédit Mutuel
Implanté dans 42 départements
Gère au total 2 millions de comptes courants, 4,5
millions de comptes de dépôts et 1,1 million de comptes
de prêts.
Clientèle répartie entre 80 % de particuliers
et 20 % de professionnels.
Le Crédit Agricole d'Alsace Vosges
180 agences dans les départements Alsace et Vosges.
Leader dans les Vosges avec 25 % des parts du marché.
Le Crédit industriel d'Alsace
et de Lorraine
150 agences dans l'est de la France.
Présente auprès de plus de 40 % des entreprises
réalisant un chiffre d'affaires de + 1,5 M e et de + 10 salariés.
La Caisse d'Épargne
145 agences en Alsace
Présente auprès de 1000 PME réalisant
un chiffre d'affaires de + 1 M € et de 5000
professionnels (commerçants, artisans, professions libérales).
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