n°214
Mai-Juin 2002

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  L'euro
  Examen d'un passage réussi
 

Le passage à l'euro a occasionné d'importants préparatifs et de vastes campagnes de communication. Il a également suscité beaucoup d'inquiétude, mais au final, tout s'est plutôt bien passé. Les banques étaient en première ligne pour ce passage. Certains de leurs représentants nous livrent ici leurs observations et impressions.

Hormis les Alsaciens et Mosellans, les Français, pour la première fois, depuis le bon roi Charlemagne, ont changé de monnaie. Cet événement attendu, préparé et expliqué pendant plus de trois ans semble aujourd'hui presque anodin et pourtant...
"Si le passage à l'euro s'est fait en douceur, explique Jean-Marie Stackler, directeur du marché de l'économie locale à la Caisse d'Épargne, c'est bien parce que tout a été organisé pour qu'il en soit ainsi. Ce moment exceptionnel s'est déroulé dans de bonnes conditions et mieux que nous ne le pensions. Nous avions envisagé des situations extrêmes. Nous pensions, par exemple, que les distributeurs de banque seraient assaillis dès le premier janvier, minuit, et nous avions prévu de les réalimenter au cours de cette même journée, mais nous n'avons pas eu à le faire. Nous avons imaginé des scénarios qui ne sont pas réalisés. À l'inverse, nous n'avons pas été confrontés à des situations que nous n'avions pas prévues."

Une vitesse d'inté-gration étonnante
Dominique Stoltz, directeur de l'organisation et du système d'information au CIAL, confirme les propos de son confrère et dit avoir été surpris par la vitesse à laquelle le grand public s'est emparé de l'euro fiduciaire. "Nous avions tout de même prévu que les billets seraient traités par les banques et la monnaie par les commerçants, mais c'est le contraire qui s'est produit et la logistique a été un peu prise de court. Mais aujourd'hui, pour le grand public, c'est terminé."
Même le monde agricole, qui raisonne encore souvent en anciens francs, s'y est rapidement mis, ainsi qu'en témoigne Pascal Maire, chef du service trésorerie au Crédit Agricole d'Alsace Vosges. "Nous n'avons pas constaté de dichotomie entre ce public et les autres clients. Plus généralement, la réaction des particuliers a été très forte. Nous nous attendions à une montée en puissance, mais il y a eu une véritable ruée dès la première semaine. Par exemple, lorsque nous avons reçu les sachets d'euros, nous craignions de ne pouvoir les écouler. Or, 45 % du stock est parti en deux jours et 90 % en 15 jours."

Le plus dur est à venir
Ainsi, l'engouement du grand public pour l'euro n'était pas prévu. Dès le mois de décembre, le succès des kits d'euros aurait pourtant dû le laisser présager… " Ensuite, dit Marc Poyet, directeur des engagements à la direction régionale Nord du Crédit Mutuel, nous avons assisté, dès le 2 janvier, à 15 jours de folie. Les Français voulaient se débarrasser de tous leurs francs. Ils ont même cassé les tirelires des enfants. Le franc a vécu 630 années. Aujourd'hui, il n'existe plus et, pourtant, le plus dur reste à venir car il faut que l'on apprenne à raisonner en euros. Nous nous moquions de nos grands parents, mais de ce point de vue-là, nous sommes comme eux. Nous convertissons en francs même notre fiche de paie."
Force est de constater, en effet, que le concept euro n'a pas encore vraiment été intégré. Tout va bien lorsqu'il est question du prix de la baguette ou du journal. "En revanche, souligne Jean-Marie Stackler, lorsque nous sommes en présence de prix plus élevés comme le prix d'une voiture, par exemple, un mécanisme de conversion automatique se fait dans la tête. On observe ce réflexe chez tout le monde, y compris les professionnels."
Le double affichage encore en vigueur ralentit certainement la maîtrise du concept euro, mais aurions-nous pu faire autrement ? "Tant qu'il existe, poursuit Jean-Marie Stackler, les gens se raccrochent aux prix en francs. Mais parallèlement il est d'une nécessité absolue, notamment pour les personnes âgées." Heureusement, lance sous forme de boutade, Dominique Stoltz, "la division étant plus difficile, cela va nous obliger à penser en euros beaucoup plus vite."

Quoi qu'il en soit, le passage à l'euro n'a pas constitué un frein à la consommation. Bien au contraire. Les soldes ont plutôt bien marché et les dépenses à la veille des fêtes de fin d'année ont sans doute été plus importantes car certains ont ressorti leur bas de laine. Quant à l'augmentation des prix que beaucoup redoutaient, Marc Poyet constate qu'elle est limitée. "Hormis certains petits commerçants qui ont arrondi un peu rapidement à l'euro supérieur, en général les prix sont plutôt tirés à la baisse." Pour Pascal Maire, les prix ne bougent pas. "Il y a eu quelques craintes au début, mais chacun se construit
progressivement un référentiel, puis l'intègre après avoir vérifié qu'il n'a pas été floué.
Il y aura une accélération le jour où le double affichage aura disparu."

L'euro, un rendez-vous obligé avec les clients
Finalement et globalement le résultat est plutôt satisfaisant. Pour les banques, et au-delà de la surprise, la quasi-disparition du franc en l'espace de trois semaines a occasionné un surcroît d'opérations en un laps de temps très court. "De mémoire d'employé de banque, nous n'avions jamais connu une telle charge de travail", remarque Dominique Stoltz. Et comme souvent dans ce genre de situations et dans le feu de l'action, effort et solidarité se révèlent. "Tout cela ne s'est pas déroulé sans énervement et sans recomptage, reconnaît Marc Poyet, mais globalement l'ensemble de nos salariés s'est retrouvé soudé pour faire face ensemble."
Au-delà des mois de décembre-janvier qui ont été très chauds, les préparatifs de passage à l'euro ont occasionné dans toutes les banques d'importants chantiers en matière d'organisation et d'accueil de la clientèle.
"Nous avions, explique Jean-Marie Stackler, le souci de maintenir la qualité du service et embauché pour cela 130 personnes en contrat à durée déterminée. L'euro nous a amenés à réfléchir sur les modes d'accueil de la clientèle et à mettre en place de nouveaux dispositifs. Aujourd'hui, nous réorganisons notre réseau."
Le chantier du passage à l'euro a également permis aux banques de tisser et de resserrer les liens avec leurs clients. "Nous sommes davantage allés sur le terrain, explique Dominique Stoltz. Cela nous a donné une formidable opportunité de rencontrer tous nos clients commerçants et, pour une fois, sur un sujet qui ne fâche pas, mais autour d'un objectif commun. Nous en avons profité pour moderniser nos relations avec les commerçants et les entreprises via les technologies les plus modernes et nous avons rattrapé notre retard en la matière."
Pour Jean-Marie Stackler, l'euro a été l'occasion d'un rendez-vous obligé avec tous les clients. "Les commerçants, explique-t-il, ont été contraints de répondre à nos sollicitations, ne serait-ce qu'au sujet des terminaux de paiement, par exemple. Nous avons ainsi eu l'occasion de renouer des relations en donnant des conseils."

Fluidifier les échanges, baisser les coûts
Les grandes entreprises exportatrices n'ont pas attendu le passage à la monnaie fiduciaire puisqu'elles utilisent l'euro depuis 1999. Toutefois, le fait que l'euro soit devenu une monnaie de référence dans certains pays va davantage faciliter leurs transactions. Les petites entreprises, notamment celles qui exportent dans les pays européens, gagnent en visibilité notamment au regard des tarifs pratiqués par la concurrence.
À terme, le surcoût lié à la monnaie internationale va disparaître progressivement au niveau des virements. Un alignement des prix de l'eurovirement est prévu d'ici juillet 2003.
"L'euro, explique Pascal Maire, devrait permettre de construire les fondations d'un système bancaire européen et d'harmoniser les circuits d'échanges. A priori les clients devraient en retirer des avantages en termes de coûts."
Plus généralement, dans les régions frontalières, les habitants passent plus facilement les frontières pour aller faire leurs courses. "J'en veux pour preuve le nombre de pièces allemandes, espagnoles, italiennes, etc, qui circulent. L'effet euro est indiscutable. Même à Londres où l'on n'est pourtant pas passé à l'euro, on y accepte les euros partout."


Témoignages

Le Crédit Mutuel
• Implanté dans 42 départements
• Gère au total 2 millions de comptes courants, 4,5 millions de comptes de dépôts et 1,1 million de comptes de prêts.
• Clientèle répartie entre 80 % de particuliers et 20 % de professionnels.

Le Crédit Agricole d'Alsace Vosges
• 180 agences dans les départements Alsace et Vosges.
• Leader dans les Vosges avec 25 % des parts du marché.

Le Crédit industriel d'Alsace et de Lorraine
• 150 agences dans l'est de la France.
• Présente auprès de plus de 40 % des entreprises réalisant un chiffre d'affaires de + 1,5 M e et de + 10 salariés.

La Caisse d'Épargne
• 145 agences en Alsace
• Présente auprès de 1000 PME réalisant un chiffre d'affaires de + 1 M € et de 5000 professionnels (commerçants, artisans, professions libérales).



 www.strasbourg.cci.fr
 

Passage réussi pour les PME européennes
Dans une communication destinée au Conseil européen de Barcelone des 15 et 16 mars derniers, la Commission dresse un bilan détaillé sur le passage à l'euro dans les PME des 12 pays de la zone euro.
Un bon degré de préparation
Au 1er janvier 2002, 95 % des PME européennes tenaient leur comptabilité en euro et plus de 96% établissaient leurs prix et leurs factures en euro. On constate peu de différences entre les États participant. Les résultats tendent à s'améliorer légèrement avec la taille de l'entreprise.
Près de 84% des quelques entreprises n'ayant pas passé leur comptabilité en euro entendaient le faire avant la fin du mois de février.
Pas de difficultés majeures
Plus de 85% des PME disent ne pas avoir rencontré de difficultés pratiques à l'occasion de leur basculement vers l'euro. Le résultat est relativement satisfaisant dans l'ensemble des États. Les entreprises de moins de 10 salariés ont connu moins de difficultés (14 %) que celles qui emploient plus de 50 personnes (21 %).
Les rares problèmes rencontrés l'ont généralement été avec les systèmes informatiques (36 %), la fixation ou l'affichage des prix (25 %) ou la facturation (19 %).

Les banques, premières citées
Interrogées sur la question de savoir qui les a le plus aidées dans leur préparation, les PME citent en tête les banques (31 %), suivies des experts-comptables et des centres de gestion (29 %) et des Chambres de Commerce ou de Métiers (9 %). L'État n'est mentionné que par 4 % des entreprises, à l'exception notable de l'Irlande (26 %).
Le passage s'est effectué comme prévu
Les PME n'ont pas connu de "mauvaise surprise" à l'occasion de leur basculement : quelque 60 % des entreprises estiment que leur passage à l'euro s'est effectué comme prévu tandis que 35% le jugent même plus facile que prévu.
Près des 2/3 des entreprises pensent que le passage à l'euro n'aura pas d'impact sur leur activité, un peu plus d'une entreprise sur cinq en escompte un impact positif.
Source : "Communication de la Commission au Conseil européen : bilan des opérations d'introduction de l'euro fiduciaire."


Des moyens et des hommes*
Voici quelques chiffres-clés sur l'ampleur des moyens humains, logistiques et techniques mis en œuvre pour que l'introduction de l'euro fiduciaire soit un total succès.
• 30 000 personnes formées pour accompagner les publics fragiles à l'euro ;
• 50 000 intérimaires et étudiants recrutés par les banques
• 51,7 millions de dépliants
et brochures
• 14 millions de guides "l'euro pratique"
• 800 000 guides PME/PMI
• 2 millions de guides artisans, commerçants et sociétés de services
• 450 000 kits "euros bienvenus"
• 10 millions de planches de pièces et billets prédécoupés
• 1,5 million de fonds de caisse standards diffusés
• 50 millions environ de sachets "premiers euros" diffusés.
* Source : "La lettre de l'euro", supplément aux Notes de Bercy, éditée par le Ministère de l'économie, des finances
et de l'industrie

Penser en Euro*
On n'y est pas encore
21% des personnes interrogées affirment raisonner déjà directement en euros sans avoir besoin de convertir en francs.
Plus de 4 personnes sur 10 (44 %) pensent qu'il leur faudra quelques mois et certains (12 %) quelques années avant de pouvoir penser définitivement en euro, sans effectuer la conversion de l'euro en francs.
Les femmes, les personnes âgées, les catégories moins favorisées prévoient une période plus longue que la moyenne des Français.
* Source : IPSOS. Sondage réalisé auprès de 1017 personnes entre les 15 et 16 février derniers.


Avis partagé sur le double affichage
Selon un sondage*, les Français seraient partagés sur le maintien du double affichage des prix au-delà du 30 juin 2002. En effet, la moitié des personnes interrogées est favorable à la suppression du double affichage après cette date, tandis que l'autre moitié préférerait qu'il soit maintenu "jusqu'à la fin de l'année" (28 %), voire encore "plus longtemps" (21 %).
Les Français ne font cependant pas exception en Europe. Un sondage réalisé par Gallup Europe auprès de 6 046 citoyens des 12 pays de la zone euro indique que les Irlandais
(56 %), les Finlandais (56 %) et les Espagnols (50 %) souhaitent une poursuite du double affichage dans les commerces, alors que la grande majorité des Allemands (65 %), des Néerlandais (64 %), des Luxembourgeois (64 %) et des Italiens (60 %) la rejettent.
* Source : IPSOS. Sondage réalisé auprès de 1017 personnes entre les 15 et 16 février dernier.

 

   
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