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Un puissant levier de développement
pour notre Région
Les 15 et 16 novembre derniers, s'est tenue à Strasbourg
la cinquième édition des journées européennes
du transport et de la logistique. Pour les prestataires de services
et les chargeurs, c'est toujours l'occasion de se rencontrer et
de découvrir de nouvelles technologies. Une opportunité
que nous saisissons pour faire le point sur ce secteur en Alsace.
5
à 13 % du chiffre d'affaires d'une entreprise passe dans
le transport de sa production.
Ce coût est important et va s'accroître dans les années
à venir suite aux nouvelles législations européennes
bientôt en vigueur et à la mondialisation de l'économie.
Les professionnels de transport et de logistique n'ont pas le choix
! Ils doivent constamment rechercher de nouvelles solutions afin
de maintenir au transport sa valeur ajoutée et de toujours
augmenter la compétitivité de leurs entreprises. Si
cette activité concerne toutes les industries quelles qu'elles
soient, toutes les régions ne sont pas au même titre
des pôles logistiques importants. C'est sa position géographique
au cur de l'Europe, qui a placé de tout temps l'Alsace
sur un incontournable axe de liaison s'étendant de Francfort-Wiesbaden-Mayence,
jusqu'à Bâle et Zurich. À cela s'ajoute qu'elle
est la quatrième région exportatrice française
(132 milliards de francs d'exportation* - 20,1 milliers d'euros)
et la deuxième si l'on raisonne par tête d'habitant
. L'Alsace est donc, de fait, un pôle logistique et industriel
important. L'ancrage rhénan est sans doute sa plus grande
caractéristique, surtout depuis la récente ouverture
du canal Rhin-Main-Danube qui offre une voie exceptionnelle vers
les pays de l'Est de l'Europe. Mais ces atouts ne suffisent pas
pour faire de l'Alsace le centre de transports qu'elle est devenue.
Elle a su à temps, se doter de moyens d'études et
de leviers financiers pour compenser ses retards d'infrastructures.
Effacer la barrière des Vosges
Dès 1976, le premier schéma d'orientation et d'aménagement
de l'Alsace entendait relier la région au reste de l'espace
français, en "effaçant" la barrière
des Vosges. Le dernier contrat de plan État/Région
2000 - 2006 conforte encore la tendance de renforcer la cohésion
interne de deux départements en les ouvrant au maximum vers
l'extérieur. Résultat, l'Alsace a été
la première à expérimenter avec succès
la régionalisation de la SNCF.
De nouvelles liaisons pour renforcer
cette position
Les TER sont une réussite totale, mais il reste encore à
développer la liaison ferrée Nord-Sud pour permettre
à l'ensemble des trafics de cohabiter sans problème.
Le nouveau pont routier rhénan, au sud de Strasbourg, sera
ouvert à la circulation dès 2002, tandis que le TGV
Est-Européen, destiné à être prolongé
vers Vienne et Budapest, croisera le TGV Rhin-Rhône en 2008
en gare de Strasbourg. Simultanément le Port Autonome de
Strasbourg renforce son équipement destiné aux conteneurs
fluviaux, à l'instar des ports de Mulhouse et Colmar. Enfin,
l'ensemble des acteurs institutionnels devrait encourager la création
de deux zones industrio-logistiques au nord et au sud de la région.
Mais que sont les infrastructures sans les hommes ? La richesse
du transport en Alsace tient aussi en une qualité exceptionnelle
de professionnels bi ou trilingues, et d'entreprises performantes.
Un de leurs atouts est leur grande expérience des marchés
voisins. Près de la moitié des PME locales de transport
routier travailleraient régulièrement avec l'Allemagne,
et dans tous ses länder !
TÉMOIGNAGE
Jean-Marc
Uhrweiler, chef du service commercial Port Autonome de Strasbourg
"Assurer les moyens de notre développement"
"Entre 1996 et 1998, nous avons investi
quelque 82 MF, alors que nous avons engagé 140 MF entre 1999
et 2001."
2000, une année recordtrafic fluvial : 10,7 Mt (+ 12,5 %
par rapport à 99) trafic ferroviaire : 1,5 Mt (+ 3,7 % par
rapport à 99)
+ 56 % de trafic de conteneurs par voie d'eau
Situé au cur du Rhin Supérieur, de la région
Alsace et du département du Bas-Rhin, au carrefour des trois
modes de transport terrestre, le Port Autonome de Strasbourg représente
un important pôle industriel et logistique. Deuxième
port fluvial de France, il s'étend sur plus de 1 000 ha et
un peu moins d'une centaine de kilomètres le long du Rhin,
sur plusieurs sites : le plus important à Strasbourg, et
d'autres de Marckolsheim à Lauterbourg. Ils accueillent ensemble
plus de 300 entreprises de tous les secteurs d'activités
industrielles, logistiques et des services. Mais poursuivre le développement
du port n'est pas si évident !
"Nous sommes entourés de domaines sur lesquels nous
ne pouvons plus nous étendre : la ville de Strasbourg à
l'Est, le Rhin à l'Ouest, le quartier de la Robertsau au
Nord et la forêt du Neuhof au Sud, explique le chef du service
commercial du Port Autonome, Jean-Marc Uhrweiler. Il nous reste
cependant 40 ha. 14 ha sont immédiatement disponibles dans
la zone logistique de l'Eurofret, espace opérationnel dès
le début de l'année prochaine. Le reste sera aménagé
à moyen terme dans la continuité de la vocation historique
du Port Autonome, c'est-à-dire un pôle à la
fois logistique et industriel. Du
côté de Lauterbourg une ZAC (zone d'activité
commerciale) de 60 ha offrira de nouvelles capacités d'accueil.
Par ailleurs, nous souhaitons favoriser l'intégration du
port dans la ville en y développant des activités
tertiaires. Sont également envisagés d'autres investissements
tels que des aménagements de routes et de ronds-points dans
la zone sud, l'agrandissement du parking du secteur Eurofret, et
l'amélioration de la signalétique. Enfin, et c'est
un de notre plus gros chantier, nous venons de démarrer la
création du deuxième terminal conteneurs pour un investissement
de 120-130 MF au total. Projets à l'horizon 2008 - 2010 :
installer une gare fluviale à Lauterbourg capable d'accueillir
les gros bateaux de
Fred Fontaine, responsable de la plate-forme
et du service client Plate-forme Fischer-Gondrand
"Un outil d'amélioration de notre service client"
Pour faire face à l'accroissement de 30 % du volume
de ses ventes, la brasserie Fischer s'est dotée en avril
dernier d'une des plus grandes plates-formes logistiques installées
au Port autonome de Strasbourg. Celle-ci lui permet de regrouper
l'ensemble de ses opérations de réception, gestion
des stocks et distribution, jusqu'à présent dispersés
sur quatre sites strasbourgeois. Grâce à cette gestion
désormais centralisée de 450 produits différents
et 750 références logistiques, les clients de la brasserie
enlèvent en un seul lieu l'ensemble des marchandises et des
publicités. Ce dispositif diminue le temps d'attente des
transporteurs de plus de 50 % et "s'inscrit du même coup
dans la démarche d'amélioration du service clients
de Fischer", explique le directeur général Pascal
Sabrié. Car une des particularités des minéraliers
(producteurs de bières et eaux) dont font partie les brasseurs,
est que les clients cherchent eux-mêmes la marchandise achetée,
et non le contraire, comme cela se fait communément. "Nous
leurs offrons donc, un outil de chargement particulièrement
performant", explique Fred Fontaine, le responsable de la plate-forme
et du service client.
La gestion de cette plate-forme a été confiée
à Gondrand-Logistique. 55 personnes travaillent sur ce site
qui dispose des technologies les plus récentes en matière
de gestion des stocks : "ce qui est essentiel pour conserver
à la bière toutes ses qualités gustatives",
souligne Fred Fontaine. Quant aux conditions de manutention, elles
sont nettement plus agréables pour le personnel, qui travaille
dans un environnement ultra-moderne. Cette plate-forme répond
a fortiori à toutes les normes actuellement en vigueur dans
le monde du transport pour désencombrer la route : voie fluviale
et raccordement au chemin de fer. "Cet outil nous permet dorénavant
de faire face à l'avenir et de développer la Brasserie
!" assure Pascal Sabrié. "C'est-à-dire de
mieux ajuster la demande à la production", précise
Fred Fontaine.
Guy Erat, le directeur du département
conteneurs Penta
"Notre démarche reste unique
en son genre"
Penta est un pool d'exploitation de bateaux créé à
la fin des années 80. Cinq armateurs fluviaux y adhèrent
: trois suisses : Conteba, Natural Van Dam et Rhenus-Alpina, un
hollandais : Danser Container line et un français : la Compagnie
Française de Navigation Rhénane (CFNR).
Sa flotte est constituée d'une dizaine d'unités fluviales
apportées par chacun des partenaires. "Le but était
de proposer davantage de départs chaque semaine en chargeant
indifféremment les bateaux à quai. L'union fait la
force ! À cinq, nous avons une plus importante force commerciale
que tout seul. Penta ne vend pas sa prestation. Chacun commercialise
son trafic", explique Guy Erat, le directeur du département
conteneurs de la CFNR. Si de nombreuses compagnies ont aujourd'hui
pris à leur compte l'idée de Penta, sa démarche
était à ses débuts tout à fait originale.
"Et ça le reste dans le domaine du transport, car je
n'ai jamais entendu parler d'une association dans le domaine routier
par exemple !" ajoute Guy Erat. Aujourd'hui, Penta a pour projet
d'ouvrir de nouvelles lignes au départ de nouveaux ports.
Mais tout reste encore secret car non conclu.
Guy Erat en est sûr, l'avenir réserve de beaux jours
au trafic fluvial et aux conteneurs. "Tout le monde insiste
sur l'aspect écologique du transport fluvial ; il est réel.
Mais il est aussi le moyen de transport le plus économique.
Une tonne sur 100 km utilise cinq fois moins d'énergie qu'un
camion. Toutes prestations comprises nous sommes moitié prix
par rapport à la route. Et l'argument temps n'en est pas
un, car un bateau circule tous les jours vingt-quatre heures sur
vingt-quatre, week-end compris et quelle que soit la météo.
Ce n'est pas le cas d'un camion !" La preuve est dans les chiffres.
Le marché du transport fluvial de conteneurs sur le Rhin
est passé de 800 000 EVP (Equivalent Vingt Pieds) en 1997
à 1 200 000 EVP cette année.
Quelle place pour l'Alsace dans l'Europe
des transports ?
La conférence-débat qui s'est tenue, le 15 novembre,
dans le cadre de la Convention Régionale du Transport et
de la Logistique s'est articulée sur deux textes de référence
:
le Contrat de plan État/Région 2000-2006 et le Livre
Blanc des Transports élaboré par la Commission européenne.
La manifestation du 15 novembre s'est tenue sous la présidence
d'Adrien Zeller, Président de la Région Alsace.
Participants
André Bayle, Directeur Régional de VNF (Voies
Navigables de France), Directeur du Port Autonome de Strasbourg,
François Bouchard, Directeur Régional de l'Équipement,
Richard Burgstahler, Président de la CCI de Strasbourg
et du Bas-Rhin,
Alain Declercq, Directeur Régional de la SNCF,
Gérard Fellmann, Président de la CRCI d'Alsace,
Gérard Klinzing, Président de l'URTA (Union
Régionale du Transport d'Alsace),
Jean-Paul Marbacher, Président des Ports de Mulhouse-Rhin
á Animateur : Maurice Ruscher
Le Livre Blanc des Transports prône le "découplage"
de la croissance économique et des transports. On a cepen-dant
du mal à imaginer une économie en expansion qui n'aille
pas de pair avec une augmentation du transport de marchandises...
Du point de vue communautaire, le problème tient essentiellement
au transport routier qui est arrivé à saturation et
doit être contenu par une intermodalité entre les différents
moyens de transport. Un point de vue que ne dément pas le
Contrat de plan État/Région. Axé sur la mise
en valeur de la dimension européenne de l'Alsace, ce document
prône également les transports alternatifs. Ces textes
ne sont cependant pas des manifestes "anti-routiers",
a-t-il été souligné. Le transport par route
qui assure notamment 80 % du fret sur les distances inférieures
à 200 km présente des avantages que nul ne songe à
lui contester. Ainsi, un troisième document, le Schéma
de services de transports, qui vise à une planification pour
les vingt ans à venir, a été élaboré
par l'État en concertation avec les régions et le
"lobby routier", notamment en ce qui concerne le point
crucial que constitue la traversée des Vosges. Ce texte préconise
la circulation des poids lourds entre les cols vosgiens, uniquement
dans le cadre du transport inter-vallées. L'idée de
fond est que le fret longue distance ne peut transiter par ces routes
transvosgiennes, notamment parce qu'il nuirait à l'indispensable
fret "courte distance". Une politique alternative à
mener
en concertation avec les pays voisins s'imposera donc de
plus en plus à l'avenir.
Elle mènera très logiquement à la revitalisation
du rail, notamment par le dévelop-pement du ferroutage. En
matière ferroviaire, la grande question sera celle de la
capacité de la SNCF à offrir des prestations de qualité
de bout en bout d'un trajet international lorsque à partir
de 2003, le réseau sera ouvert dans sa totalité à
l'ensemble des opérateurs européens.
La voie d'eau est un autre des atouts de l'Alsace. Elle a pour corollaire
des ports qui assurent un rôle d'interface entre le rail,
la route et l'eau, un rôle que le contrat de plan veut favoriser
de plus en plus. Si le secteur des transports se transforme profondément,
la part de la logistique (stockage, étiquetage, préparation
de commandes...), liée à une délocalisation
de plus en plus importante, est égale-ment amenée
à se développer. Idéalement, deux "plates-formes
logistiques" devraient être créées à
un branchement routier, ferroviaire et fluvial, sur une superficie
évaluée au départ à 365 ha au total.
Une surface que l'on aura du mal à dégager dans une
Alsace très indus-trialisée, à forte densité
de population et protégée écolo-giquement.
La question du transport aérien a également été
abordée mais
en soulignant combien il est difficile de lier dans la même
problématique des aéroports comme l'Aéroport
International Strasbourg (19 980 tonnes de fret) et celui de Mulhouse-Bâle
(56 528 tonnes de fret)...
"Si l'Alsace a du pain sur la planche en matière de
politique des transports, l'Europe doit, elle aussi, faire avancer
le secteur : standardisation des dimensions, harmonisation des législations
sociales et fiscales, des autorisations de traversées des
territoires... seraient particulièrement bienvenues dans
le domaine du transport routier. Pour cela il faudrait que les États
membres acceptent de transférer une partie de leurs pouvoirs
au niveau communautaire. On ne peut vouloir plus d'Europe et d'harmonisation
et rester maître chez soi" a souligné Adrien Zeller.
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