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D'après un sondage réalisé par la Direction
du commerce Intérieur (1), plus de 80 % des français
aiment leurs marchés (2). S'ils n'y font pas forcément
leurs courses, ils s'y promènent et y font des rencontres.
Cependant peu d'entre eux connaissent le métier de ces travailleurs
non-sédentaires.
Ils sont l'âme de nos villes et de nos marchés,
et apportent à notre quotidien comme un air de vacances.
Ils sont bouquinistes, antiquaires, bouchers, charcutiers, fromagers,
boulangers, marchands de fruits, de fleurs, de primeurs ou de vêtements
et travaillent toute l'année sur des foires et des marchés.
Ils sont ce qu'on appelle des commerçants non-sédentaires.
En France, on en compte quelque 100 000.
Si leur activité peut sembler à la portée
de tous, en vérité il n'en est rien. Ici, on est loin
des 35 h, pour un revenu moyen de 8 000 F par mois. La journée
de travail démarre tôt, très tôt, entre
trois et six heures du matin. Elle s'achèvera entre 19h et
21h. On travaille six jours sur sept, et quel que soit le temps.
S'il est agréable d'être à l'air en été,
ça l'est beaucoup moins quand il pleut ou qu'il fait froid.
Un métier très éprouvant
Le métier est physiquement très éprouvant.
Il faut décharger, installer, ranger, recharger. Parfois,
on n'est même pas certain d'avoir une place sur le marché.
Tout le monde n'a pas la chance d'obtenir dans les jours qui suivent
l'immatriculation un emplacement permanent. Dans certaines communes
la liste d'attente est longue. Il faut quelquefois
patienter cinq années. Alors, c'est le hasard qui a le dernier
mot. Tout se joue à 7 heures 30. Partout à cette heure-là,
c'est le même scénario. Un placier désigné
par la mairie tire au sort. Ce samedi là, au marché
de la Marne à Strasbourg, ils étaient 45 inscrits
pour seulement quatre places. Inutile d'aller tenter sa chance
ailleurs, le tirage aurait déjà eu lieu.
Rester en centre-ville
À ces difficultés s'en greffent d'autres d'ordre plus
politique ou urbanistique. "Aujourd'hui de plus en plus de
communes souhaitent nous décentraliser en périphérie.
À Strasbourg, je me bats pour que nous restions sur la place
Kléber. Nous avons besoin d'un lieu central de grand passage.
Nous décentraliser, c'est nous empêcher de travailler",
explique le président national et du Bas-Rhin du Syndicat
des commerçants non-sédentaires, Claude Cornoueil.
Une vie de chef d'entreprise
Malgré tant de contraintes et de précarité,
les commerçants non sédentaires poursuivent leur labeur
avec beaucoup de bonheur. Quand on leur demande ce qui les motive,
à l'unanimité ils répondent "la liberté.
La liberté d'être son propre patron." Car en réalité,
être un commerçant non-sédentaire, c'est être
chef d'entreprise. Il est guidé par le goût d'entreprendre.
Mais là est la moindre de ses qualités. Pour réussir,
il doit être tout à la fois un bon gestionnaire, un
bon décorateur, un bon acheteur, enfin un bon vendeur. Tout
cela ne s'invente pas, mais s'apprend, à défaut d'être
inné.
Des séances spéciales d'information
C'est dans ce but que Marie-Dominique Laub, conseillère en
création à l'Espace Entreprendre de la CCI a créé
des séances d'information destinées aux commerçants
non-sédentaires ; " à force, dit-elle, de rencontrer
des publics ni informés, ni initiés, éloignés
des réalités de la vie qui les attend, se tournant
vers moi avec une idée, un projet, l'envie d'être à
son compte, ou simplement de gagner sa vie à défaut
de trouver un emploi salarié. Il y a un flux important de
personnes étrangères, parlant pas ou peu le français,
de chômeurs aussi. Cette population appréhende difficilement
les difficultés d'une création d'entreprise. Il était
donc nécessaire de mettre en place un accueil adapté,
où l'écoute est la priorité". À
l'aide d'outils ludiques - une vidéo accompagnée d'une
présentation animée par ordinateur - compréhensible
par le plus grand nombre, Marie-Dominique Laub éveille l'esprit
des créateurs, les sensibilise à rechercher l'information
avant de s'immatriculer et les incite à se poser toutes les
questions importantes sur le profil du créateur et sur les
plans économique, marketing et juridique. Résultat,
depuis le mois d'août 1998 qu'il est ouvert avec l'appui du
Centre de Formalités des Entreprises, ce service unique en
France a permis d'éviter un écueil à bien des
personnes. "Il est facile de s'immatriculer, il l'est moins
d'avoir une activité qui perdure." Ainsi, Marie-Dominique
Laub constate qu'après chaque séance - deux par mois
- 1/3 des personnes abandonne l'idée de devenir commerçant
non-sédentaire, un autre tiers s'inscrit à une formation
et souhaite, dans certains cas, prendre du recul. le dernier tiers
quant à lui s'immatricule. "Alors, en Alsace le taux
de création est légèrement inférieur
à la moyenne nationale. En revanche le taux de réussite
est plus important", conclut Marie-Dominique Laub.
[ Contact CCI ]
Marie-Dominique Laub,
Espace Entreprendre,
03 88 75 24 24
www.entreprendre-en-France.fr
(1) devenue aujourd'hui la Direction des entreprises
d'artisanat et des services.
(2) Source : syndicat national des commerçants non-sédentaires.
Témoignages
Patrice Fuchs
Le vêtement dans la peau...
Patrice
Fuchs a repris l'affaire familiale en 1981. Comme ses parents, il
vend des vêtements.
Son réveil sonne chaque matin à cinq heures moins
le quart. Le temps d'arriver sur la place du marché, il est
six heures.
Il lui faudra deux bonnes heures pour installer son stand : hisser
les parasols, dresser les tables et déballer toute la marchandise.
Les mercredis et les vendredis, il fait la journée continue.
Le reste de la semaine il rentre en début d'après-midi.
Chez lui, l'attendent les incontournables tâches du réassort
et de la comptabilité : indispensable à la bonne marche
des affaires ! "Au total j'estime à 70 heures ma semaine
de travail. Je m'offre tout de même un jour de repos hebdomadaire,
sauf pendant les périodes festives de Noël et de mai",
explique Patrice Fuchs. Quand il n'a plus de marchandises, il prend
la route pour Paris. Il démarre alors vers une heure du matin
pour être sur place très tôt et repartir au plus
vite.
Plus sédentaire que ses parents
Contrairement à ses parents qui partaient en tournée,
traversaient la France pour aller d'un marché à l'autre
et vivaient dans le camion, Patrice Fuchs se sent un sédentaire.
Mais sa sédentarité n'a rien à voir avec celle
de ses confrères de magasin. "Je suis à l'air,
et il y a cette ambiance : le casse-croûte du matin, l'apéro
à la fin du marché... on me ferait cadeau d'un commerce,
je n'en voudrais pas !" Comme d'autres, il s'inquiète
pour son avenir. "On ne veut plus de nous", dit-il. "On
nous demande de garer nos camions loin des stands, car ce n'est
pas esthétique. Mais en cas d'orage, on a parfois un quart
d'heure pour tout rentrer. Si le camion est loin, c'est toute notre
marchandise que l'on risque de perdre !"
Paulette Messou
Des chouchous et des foulards...
Paulette
Messou vend des chouchous et des foulards sur les marchés
depuis 1996. Le mardi et le samedi elle commerce boulevard de la
Marne à Strasbourg. Le mercredi et le vendredi elle installe
son stand sur la place Kléber.
Malheureusement, personne n'est jamais certain de la trouver aux
rendez-vous. Non de son fait ! Elle attend depuis son premier jour
d'immatriculation, une place de permanente sur ces deux marchés
: une question d'ancienneté et de vacance, en résumé
de patience ! Aussi son seul allié demeure le hasard. Comme
bon nombre de ses confrères, lors de chaque marché,
elle participe au tirage au sort de 7h30, et si le sort lui est
défavorable elle remballe ses affaires et repart chez elle.
Ce rituel elle le connaît bien, en particulier de novembre
à fin décembre, et de mai à juillet, périodes
fastes aux affaires. "Ces mois-là, les désistements
sont rares", constate Paulette Messou. Autant dire que dans
ces conditions, elle gagne difficilement sa vie ! Mais il en faudrait
plus pour la décourager. Elle aime son métier pour
ses rencontres surtout. Et cela, elle ne voudrait pour rien au monde
l'abandonner !
Camille Zugmeyer
Pour que vivent les fleurs...
Les
habitants du quartier l'ont forcément remarqué. Depuis
le 22 mai, le kiosque à fleurs de la cour St-Nicolas à
Strasbourg revit !
Rien d'étonnant, Camille Zugmeyer s'en est emparé.
Elle n'est pas fleuriste et n'a pas davantage l'expérience
des marchés. Mais Camille Zugmeyer aime changer de vie et
se lancer sans crainte de nouveaux défis. D'une vie de fonctionnaire
administrative, elle vient de passer à celle de commerçante
non-sédentaire. C'est en passant chaque matin devant le kiosque
qu'elle a aperçu un jour la mise en vente du kiosque. "Pourquoi
pas moi" s'est-elle dit ! Or, avec Camille de l'idée
à l'action, il n'y a qu'un pas ! Elle passera ses vacances
à apprendre les rudiments du fleuriste auprès de son
prédécesseur. Côté déco et vente,
aucun conseil ne lui semble nécessaire. En six mois, elle
a su fidéliser quelques clients ; son goût et son sourire
sont sûrement son secret. Tous ses voisins commerçants
sont ses nouveaux amis. Elle leur rend de fréquentes visites
pour faire une pause café, se réchauffer un peu, ou
profiter des aisances que son kiosque n'offre pas. Camille en tout
point est ravie. Ni se lever aux aurores pour faire le plein de
fleurs, ni travailler le dimanche pour satisfaire sa clientèle
ne la contrarient. Au contraire. Elle se régale des ambiances
du petit matin au Marché-Gare et d'assister au réveil
des strasbourgeois actifs.
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