Les archives du Point Eco de la CCI
n°209
Novembre 2001
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MÉTIERS
  Les commerçants non-sédentaires
  Ils sont l'âme de nos marchés
 

D'après un sondage réalisé par la Direction du commerce Intérieur (1), plus de 80 % des français aiment leurs marchés (2). S'ils n'y font pas forcément leurs courses, ils s'y promènent et y font des rencontres. Cependant peu d'entre eux connaissent le métier de ces travailleurs non-sédentaires.

Ils sont l'âme de nos villes et de nos marchés, et apportent à notre quotidien comme un air de vacances. Ils sont bouquinistes, antiquaires, bouchers, charcutiers, fromagers, boulangers, marchands de fruits, de fleurs, de primeurs ou de vêtements et travaillent toute l'année sur des foires et des marchés. Ils sont ce qu'on appelle des commerçants non-sédentaires. En France, on en compte quelque 100 000.

Si leur activité peut sembler à la portée de tous, en vérité il n'en est rien. Ici, on est loin des 35 h, pour un revenu moyen de 8 000 F par mois. La journée de travail démarre tôt, très tôt, entre trois et six heures du matin. Elle s'achèvera entre 19h et 21h. On travaille six jours sur sept, et quel que soit le temps. S'il est agréable d'être à l'air en été, ça l'est beaucoup moins quand il pleut ou qu'il fait froid.

Un métier très éprouvant
Le métier est physiquement très éprouvant. Il faut décharger, installer, ranger, recharger. Parfois, on n'est même pas certain d'avoir une place sur le marché. Tout le monde n'a pas la chance d'obtenir dans les jours qui suivent l'immatriculation un emplacement permanent. Dans certaines communes la liste d'attente est longue. Il faut quelquefois
patienter cinq années. Alors, c'est le hasard qui a le dernier mot. Tout se joue à 7 heures 30. Partout à cette heure-là, c'est le même scénario. Un placier désigné par la mairie tire au sort. Ce samedi là, au marché de la Marne à Strasbourg, ils étaient 45 inscrits pour seulement quatre places. Inutile d'aller tenter sa chance ailleurs, le tirage aurait déjà eu lieu.

Rester en centre-ville
À ces difficultés s'en greffent d'autres d'ordre plus politique ou urbanistique. "Aujourd'hui de plus en plus de communes souhaitent nous décentraliser en périphérie. À Strasbourg, je me bats pour que nous restions sur la place Kléber. Nous avons besoin d'un lieu central de grand passage. Nous décentraliser, c'est nous empêcher de travailler", explique le président national et du Bas-Rhin du Syndicat des commerçants non-sédentaires, Claude Cornoueil.

Une vie de chef d'entreprise
Malgré tant de contraintes et de précarité, les commerçants non sédentaires poursuivent leur labeur avec beaucoup de bonheur. Quand on leur demande ce qui les motive, à l'unanimité ils répondent "la liberté. La liberté d'être son propre patron." Car en réalité, être un commerçant non-sédentaire, c'est être chef d'entreprise. Il est guidé par le goût d'entreprendre. Mais là est la moindre de ses qualités. Pour réussir, il doit être tout à la fois un bon gestionnaire, un bon décorateur, un bon acheteur, enfin un bon vendeur. Tout cela ne s'invente pas, mais s'apprend, à défaut d'être inné.

Des séances spéciales d'information
C'est dans ce but que Marie-Dominique Laub, conseillère en création à l'Espace Entreprendre de la CCI a créé des séances d'information destinées aux commerçants non-sédentaires ; " à force, dit-elle, de rencontrer des publics ni informés, ni initiés, éloignés des réalités de la vie qui les attend, se tournant vers moi avec une idée, un projet, l'envie d'être à son compte, ou simplement de gagner sa vie à défaut de trouver un emploi salarié. Il y a un flux important de personnes étrangères, parlant pas ou peu le français, de chômeurs aussi. Cette population appréhende difficilement les difficultés d'une création d'entreprise. Il était donc nécessaire de mettre en place un accueil adapté, où l'écoute est la priorité". À l'aide d'outils ludiques - une vidéo accompagnée d'une présentation animée par ordinateur - compréhensible par le plus grand nombre, Marie-Dominique Laub éveille l'esprit des créateurs, les sensibilise à rechercher l'information avant de s'immatriculer et les incite à se poser toutes les questions importantes sur le profil du créateur et sur les plans économique, marketing et juridique. Résultat, depuis le mois d'août 1998 qu'il est ouvert avec l'appui du Centre de Formalités des Entreprises, ce service unique en France a permis d'éviter un écueil à bien des personnes. "Il est facile de s'immatriculer, il l'est moins d'avoir une activité qui perdure." Ainsi, Marie-Dominique Laub constate qu'après chaque séance - deux par mois - 1/3 des personnes abandonne l'idée de devenir commerçant non-sédentaire, un autre tiers s'inscrit à une formation et souhaite, dans certains cas, prendre du recul. le dernier tiers quant à lui s'immatricule. "Alors, en Alsace le taux de création est légèrement inférieur à la moyenne nationale. En revanche le taux de réussite est plus important", conclut Marie-Dominique Laub.

[ Contact CCI ]
Marie-Dominique Laub,
Espace Entreprendre,
03 88 75 24 24
www.entreprendre-en-France.fr


(1) devenue aujourd'hui la Direction des entreprises d'artisanat et des services.
(2) Source : syndicat national des commerçants non-sédentaires.


Témoignages

Patrice Fuchs
Le vêtement dans la peau...

Patrice Fuchs a repris l'affaire familiale en 1981. Comme ses parents, il vend des vêtements.
Son réveil sonne chaque matin à cinq heures moins le quart. Le temps d'arriver sur la place du marché, il est six heures.

Il lui faudra deux bonnes heures pour installer son stand : hisser les parasols, dresser les tables et déballer toute la marchandise. Les mercredis et les vendredis, il fait la journée continue. Le reste de la semaine il rentre en début d'après-midi. Chez lui, l'attendent les incontournables tâches du réassort et de la comptabilité : indispensable à la bonne marche des affaires ! "Au total j'estime à 70 heures ma semaine de travail. Je m'offre tout de même un jour de repos hebdomadaire, sauf pendant les périodes festives de Noël et de mai", explique Patrice Fuchs. Quand il n'a plus de marchandises, il prend la route pour Paris. Il démarre alors vers une heure du matin pour être sur place très tôt et repartir au plus vite.

Plus sédentaire que ses parents
Contrairement à ses parents qui partaient en tournée, traversaient la France pour aller d'un marché à l'autre et vivaient dans le camion, Patrice Fuchs se sent un sédentaire. Mais sa sédentarité n'a rien à voir avec celle de ses confrères de magasin. "Je suis à l'air, et il y a cette ambiance : le casse-croûte du matin, l'apéro à la fin du marché... on me ferait cadeau d'un commerce, je n'en voudrais pas !" Comme d'autres, il s'inquiète pour son avenir. "On ne veut plus de nous", dit-il. "On nous demande de garer nos camions loin des stands, car ce n'est pas esthétique. Mais en cas d'orage, on a parfois un quart d'heure pour tout rentrer. Si le camion est loin, c'est toute notre marchandise que l'on risque de perdre !"

Paulette Messou
Des chouchous et des foulards...

Paulette Messou vend des chouchous et des foulards sur les marchés depuis 1996. Le mardi et le samedi elle commerce boulevard de la Marne à Strasbourg. Le mercredi et le vendredi elle installe son stand sur la place Kléber.

Malheureusement, personne n'est jamais certain de la trouver aux rendez-vous. Non de son fait ! Elle attend depuis son premier jour d'immatriculation, une place de permanente sur ces deux marchés : une question d'ancienneté et de vacance, en résumé de patience ! Aussi son seul allié demeure le hasard. Comme bon nombre de ses confrères, lors de chaque marché, elle participe au tirage au sort de 7h30, et si le sort lui est défavorable elle remballe ses affaires et repart chez elle. Ce rituel elle le connaît bien, en particulier de novembre à fin décembre, et de mai à juillet, périodes fastes aux affaires. "Ces mois-là, les désistements sont rares", constate Paulette Messou. Autant dire que dans ces conditions, elle gagne difficilement sa vie ! Mais il en faudrait plus pour la décourager. Elle aime son métier pour ses rencontres surtout. Et cela, elle ne voudrait pour rien au monde l'abandonner !

Camille Zugmeyer
Pour que vivent les fleurs...

Les habitants du quartier l'ont forcément remarqué. Depuis le 22 mai, le kiosque à fleurs de la cour St-Nicolas à Strasbourg revit !

Rien d'étonnant, Camille Zugmeyer s'en est emparé. Elle n'est pas fleuriste et n'a pas davantage l'expérience des marchés. Mais Camille Zugmeyer aime changer de vie et se lancer sans crainte de nouveaux défis. D'une vie de fonctionnaire administrative, elle vient de passer à celle de commerçante non-sédentaire. C'est en passant chaque matin devant le kiosque qu'elle a aperçu un jour la mise en vente du kiosque. "Pourquoi pas moi" s'est-elle dit ! Or, avec Camille de l'idée à l'action, il n'y a qu'un pas ! Elle passera ses vacances à apprendre les rudiments du fleuriste auprès de son prédécesseur. Côté déco et vente, aucun conseil ne lui semble nécessaire. En six mois, elle a su fidéliser quelques clients ; son goût et son sourire sont sûrement son secret. Tous ses voisins commerçants sont ses nouveaux amis. Elle leur rend de fréquentes visites pour faire une pause café, se réchauffer un peu, ou profiter des aisances que son kiosque n'offre pas. Camille en tout point est ravie. Ni se lever aux aurores pour faire le plein de fleurs, ni travailler le dimanche pour satisfaire sa clientèle ne la contrarient. Au contraire. Elle se régale des ambiances du petit matin au Marché-Gare et d'assister au réveil des strasbourgeois actifs.

   
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Prochaines séances d'information destinées aux futurs commerçants non-sédentaires
Les 4 et 18 décembre de 14h à 16h, 10 place Gutenberg à l'Espace Entreprendre de la CCI à Strasbourg.

Ce que prévoit la réglementation
- Le commerçant qui exerce son activité sur une dépendance du domaine public (halles, marchés et voies publiques) a pour caractéristique de ne pas tenir boutique. Il occupe un emplacement en vertu, non pas d'un droit de propriété ou d'un bail commercial, mais d'une autorisation accordée par une autorité publique, souvent le maire de la commune.
- Le commerçant non-sédentaire est ambulant ou forain selon qu'il possède ou non un domicile ou une résidence fixe depuis plus de six mois.
- Pour exercer son activité, le commerçant non-sédentaire doit être en possession d'une carte professionnelle (carte de commerçant non-sédentaire - valable 2 ans) ou d'un livret spécial de circulation (pour les forains) délivrés par la Préfecture ou la Sous-préfecture.
- Une personne de nationalité étrangère désirant exercer le commerce non-sédentaire est soumise à des conditions particulières.

[ Contacts CCI ]
Monique Triponel,
03 88 75 25 24
juridique@
strasbourg.cci.fr

Les chiffres clés
• 100 000 commerçants non-sédentaires en France
• 6 500 communes accueillent des marchés
• 500 000 points de vente par an
• 25,5 % des fruits et légumes sont vendus sur les marchés et 25,5 % par le biais de la grande distribution (Source : Syndicat national des commerçants non-sédentaires)

     
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