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Héritier d'une longue tradition,
le secteur des machines-outils en Alsace a traversé les crises
en s'orientant vers des créneaux d'activité novateurs.
Si certains marchés sont déjà bien occupés
par les exportateurs alsaciens, d'autres restent encore à
conquérir.
Les machines-outils sont des machines dont s'équipent
les entreprises pour fabriquer des produits finis ou intermédiaires.
Elles sont aussi nombreuses que l'usage auxquels on les destine.
Il y a celles qui travaillent le bois, celles qui façonnent
les métaux. Certaines sont utilisées pour scier, souder,
meuler ou polir. Les unes agissent par enlèvement de copeaux
(raboteuse, fraiseuse, ...) - elles représentent les trois
quarts du marché - et les autres par déformation (presse,
plieuse
).
Des niches technologiques
Si les grandes entreprises françaises sont entrées
dans un processus de regroupement, les PME (de 10 à 200 personnes)
indépendantes de notre région ont fait face à
ce marché de masse par une grande faculté d'adaptation
et en respectant les priorités de chaque client. "Cette
crise a poussé nos entreprises - une trentaine dans ce secteur
- à faire d'importants efforts d'innovation", observe
Alain Layrac, conseiller en développement international à
la Direction du Commerce international de la CCI de Strasbourg et
du Bas-Rhin. Des machines pilotées par des commandes numériques,
des machines spéciales commandées à l'unité
(Somex, BSI), des machines d'usinage à très grande
vitesse (Huron) ou encore des tours automatiques (KMX) sont ainsi
sortis des usines alsaciennes. Le domaine des composants mécaniques
associés est également très bien représenté
dans la région avec INA Roulements, Timken, EPB, Norcan et
IBAG. Ajoutons à cela l'activité de recherche et développement
des bureaux d'études qui est devenue elle aussi une niche
des sociétés du secteur.
Le PARDI, une aide régionale à
l'export
Bien que positionnée sur des créneaux peu ou pas concurrencés,
l'Alsace exporte pourtant moins de 20 % de sa production de machines-outils.
C'est pour les aider à développer leurs exportations
vers des pays comme l'Allemagne, le Portu-gal, l'Espagne, la Russie,
le Brésil et l'Europe de l'Est qu'un programme d'action régional
pour le développement international (PARDI) a été
mis en uvre dans ce secteur depuis le 5 juin dernier (cf PE
206-207). Initiés par le secrétaire d'état
au Commerce extérieur, François Huwart, ces PARDI
ont pour objectif d'associer les partenaires régionaux (Direction
régionale du Commerce extérieur, Région, CCI)
ainsi que la Fédération des industries mécaniques
pour la machine-outil, dans le soutien de l'activité exportation
des PME. "Il y a des marchés à prendre. La France
est par exemple le 5e fournisseur de machine-outil de l'Espagne,
et l'Alsace y contribue à seulement 5,5 %. Il en va de même
pour le Portugal", souligne Alain Layrac. "Le PARDI aidera
ces entreprises déjà exportatrices à franchir
une nouvelle étape, grâce à leur participation
à des actions communes, sur de nouveaux marchés porteurs."
Une collaboration exemplaire
Cette initiative a provoqué la rencontre inédite d'une
vingtaine de chefs d'entreprise alsaciens. "Neuf réunions
ont déjà eu lieu en quinze mois. Curieusement, aucun
d'entre eux ne voit en l'autre un concurrent. Ils ouvrent au contraire
volontiers leurs carnets d'adresses et leurs usines pour la visite.
Cet échange de compétences fonctionne si bien que
certains courants d'affaire ont même été conclus
entre certains d'entre eux", poursuit-il. Une première
action de communication commune a eu lieu à Porto. Huron,
la plus importante entreprise de la région a mis une partie
de son stand à disposition de quatorze de ses confrères.
Mais pour rendre vraiment efficace une démarche et des actions
communes, il s'avère nécessaire de mettre en place
un certain nombre d'outils. Un site internet, une plaquette et un
stand d'exposition modulable présentant l'offre régionale
de ce groupe sont en cours d'élaboration.
Témoignages
Robert Loeser
"Réhabiliter les métiers
de la mécanique"
Robert Loeser, Directeur de Rolos à Oberhoffen-sur-Moder
analyse sans complaisance la situation alsacienne.
Nous
sommes dans une niche technologique. Nous fabriquons des machines
de polissage et d'émerissage. Nous réalisons 70 %
de notre chiffre d'affaires à l'export. Il faut dire que
la France n'est pas un pays très industrialisé, par
rapport à l'Allemagne dont je suis natif. Je me suis établi
en Alsace en 1988 pour plusieurs raisons : le niveau de qualité,
la disponibilité et le coût de la main d'uvre,
le bilinguisme de la plupart des gens, les avantages du carrefour
d'Europe, mais aussi la qualité et l'abondance des hôtels
et des restaurants gastronomiques. Malheureusement aujourd'hui,
nous sommes moins compétitifs en Alsace étant donné
le prix et la rareté de la main d'uvre. Notre position
frontalière nous pose problème. Ici, nous sommes obligés
de payer notre main d'uvre 10 à 15 % de plus que dans
une autre région française si nous voulons garder
nos meilleurs collaborateurs. Sinon ils partent travailler de l'autre
côté du Rhin avec le statut avantageux de travailleur
frontalier. Je réfléchis très sérieusement
à sous-traiter ma fabrication en Tchéquie ou en Hongrie.
Leur savoir-faire est aussi bon qu'ici et coûte moins cher.
Il faut dire aussi que les métiers de la mécanique
sont depuis plusieurs années boudés en France, donc
ces professionnels sont peu nombreux sur le marché du travail."
[ ROLOS en chiffres
]
- 8 salariés
- 1,5 M d'euros de CA
Références : Sandvik (groupe
suédois), Peugeot - Japy
Philippe Schleicher
"S'adapter sans cesse à la
demande"
Philippe Schleicher, Directeur de BSI Constructeur, analyse ici
les raisons du succès de son entreprise.
Nous
fabriquons des machines-outils transfert pour l'industrie automobile.
Nous vivons une phase de croissance avec une augmentation de plus
de 40 % du CA consolidé. Il n'en a pas toujours été
ainsi. Heureusement nous avons su nous adapter à la demande
de l'industrie automobile au moment de la crise des années
90. Elle souhaitait des machines capables d'évoluer en fonction
de la demande de production. L'évolution technologique s'est
étalée sur trois ou quatre ans. Cette année,
nous avons présenté la dernière génération
de ce type de machine-outil au salon d'Hanovre.
Nous réalisons 25 à 30 % de notre chiffre d'affaires
à l'export, notamment avec l'Allemagne. Notre objectif est
d'atteindre les 50 % d'ici 2005. Le programme PARDI nous permettra
en tout cas d'échanger avec des partenaires français
sur tous les aspects marketing, c'est-à-dire le développement
des réseaux de distribution à l'étranger."
[ BSI en chiffres
]
- 55 salariés
- 10,93 M d'euros de CA
Références : Valfond, Manzoni
- Bouchot
Jacques Issemann,
"Occuper les niches porteuses"
Jacques Issemann, Directeur d'Atelco, déplore également
la carence de main d'uvre en Alsace qui limite le potentiel
de développement.
Nous
fabriquons des "moutons à cinq pattes" ! C'est-à-dire
des machines que nos clients ne trouvent pas sur le marché.
Nous travaillons avec un réseau de soustraitants situés
dans un rayon de 30 km. Ce qui nous permet de faire face à
la demande. Nous réalisons 20 à 30 % de notre chiffre
d'affaires à l'export, essentiellement au sein de l'Union
européenne. Nous exportons aussi aux USA, au Koweït
et aux Indes mais en association avec un partenaire commercial.
Notre secteur se développe car nous sommes dans une niche
technologique que ne peuvent pas occuper les grosses entreprises.
Notre taille nous laisse une flexibilité énorme qui
nous permet de répondre exactement à la demande de
chaque client. Nous sommes loin d'avoir conquis tous nos marchés
à l'export, mais seul c'est difficile et onéreux.
Le PARDI nous aide beaucoup. Notre présence en groupe sur
un salon est bénéfique à tous. La renommée
des uns profite aux plus petits, et les coûts sont moindres.
Cela dit, à quoi sert de prospecter si on ne peut répondre
à la demande. J'ai abandonné une grosse affaire avec
le Maroc, à cause des délais. Si je payais mes collaborateurs
en heures supplémentaires, je perdais de l'argent. Et sans
main d'uvre supplémentaire je ne tenais pas les délais
imposés par le client. Or en Alsace, on ne trouve personne
à embaucher. C'est catastrophique !"
[ Atelco en chiffres
]
- 25 salariés pour l'usine de fabrication
- 5 salariés au bureau d'études
- 2,3 M d'euros de CA
Références : PSA, Brickmann
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