Les archives du Point Eco de la CCI
n°208
Octobre 2001

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MÉTIERS
  La machine-outil alsacienne
  Une longue tradition orientée vers l'innovation et l'export
 

Héritier d'une longue tradition, le secteur des machines-outils en Alsace a traversé les crises en s'orientant vers des créneaux d'activité novateurs. Si certains marchés sont déjà bien occupés par les exportateurs alsaciens, d'autres restent encore à conquérir.

Les machines-outils sont des machines dont s'équipent les entreprises pour fabriquer des produits finis ou intermédiaires. Elles sont aussi nombreuses que l'usage auxquels on les destine. Il y a celles qui travaillent le bois, celles qui façonnent les métaux. Certaines sont utilisées pour scier, souder, meuler ou polir. Les unes agissent par enlèvement de copeaux (raboteuse, fraiseuse, ...) - elles représentent les trois quarts du marché - et les autres par déformation (presse, plieuse …).

Des niches technologiques
Si les grandes entreprises françaises sont entrées dans un processus de regroupement, les PME (de 10 à 200 personnes) indépendantes de notre région ont fait face à ce marché de masse par une grande faculté d'adaptation et en respectant les priorités de chaque client. "Cette crise a poussé nos entreprises - une trentaine dans ce secteur - à faire d'importants efforts d'innovation", observe Alain Layrac, conseiller en développement international à la Direction du Commerce international de la CCI de Strasbourg et du Bas-Rhin. Des machines pilotées par des commandes numériques, des machines spéciales commandées à l'unité (Somex, BSI), des machines d'usinage à très grande vitesse (Huron) ou encore des tours automatiques (KMX) sont ainsi sortis des usines alsaciennes. Le domaine des composants mécaniques associés est également très bien représenté dans la région avec INA Roulements, Timken, EPB, Norcan et IBAG. Ajoutons à cela l'activité de recherche et développement des bureaux d'études qui est devenue elle aussi une niche des sociétés du secteur.

Le PARDI, une aide régionale à l'export
Bien que positionnée sur des créneaux peu ou pas concurrencés, l'Alsace exporte pourtant moins de 20 % de sa production de machines-outils. C'est pour les aider à développer leurs exportations vers des pays comme l'Allemagne, le Portu-gal, l'Espagne, la Russie, le Brésil et l'Europe de l'Est qu'un programme d'action régional pour le développement international (PARDI) a été mis en œuvre dans ce secteur depuis le 5 juin dernier (cf PE 206-207). Initiés par le secrétaire d'état au Commerce extérieur, François Huwart, ces PARDI ont pour objectif d'associer les partenaires régionaux (Direction régionale du Commerce extérieur, Région, CCI) ainsi que la Fédération des industries mécaniques pour la machine-outil, dans le soutien de l'activité exportation des PME. "Il y a des marchés à prendre. La France est par exemple le 5e fournisseur de machine-outil de l'Espagne, et l'Alsace y contribue à seulement 5,5 %. Il en va de même pour le Portugal", souligne Alain Layrac. "Le PARDI aidera ces entreprises déjà exportatrices à franchir une nouvelle étape, grâce à leur participation à des actions communes, sur de nouveaux marchés porteurs."

Une collaboration exemplaire
Cette initiative a provoqué la rencontre inédite d'une vingtaine de chefs d'entreprise alsaciens. "Neuf réunions ont déjà eu lieu en quinze mois. Curieusement, aucun d'entre eux ne voit en l'autre un concurrent. Ils ouvrent au contraire volontiers leurs carnets d'adresses et leurs usines pour la visite. Cet échange de compétences fonctionne si bien que certains courants d'affaire ont même été conclus entre certains d'entre eux", poursuit-il. Une première action de communication commune a eu lieu à Porto. Huron, la plus importante entreprise de la région a mis une partie de son stand à disposition de quatorze de ses confrères. Mais pour rendre vraiment efficace une démarche et des actions communes, il s'avère nécessaire de mettre en place un certain nombre d'outils. Un site internet, une plaquette et un stand d'exposition modulable présentant l'offre régionale de ce groupe sont en cours d'élaboration.


Témoignages


Robert Loeser
"Réhabiliter les métiers de la mécanique"
Robert Loeser, Directeur de Rolos à Oberhoffen-sur-Moder analyse sans complaisance la situation alsacienne.

Nous sommes dans une niche technologique. Nous fabriquons des machines de polissage et d'émerissage. Nous réalisons 70 % de notre chiffre d'affaires à l'export. Il faut dire que la France n'est pas un pays très industrialisé, par rapport à l'Allemagne dont je suis natif. Je me suis établi en Alsace en 1988 pour plusieurs raisons : le niveau de qualité, la disponibilité et le coût de la main d'œuvre, le bilinguisme de la plupart des gens, les avantages du carrefour d'Europe, mais aussi la qualité et l'abondance des hôtels et des restaurants gastronomiques. Malheureusement aujourd'hui, nous sommes moins compétitifs en Alsace étant donné le prix et la rareté de la main d'œuvre. Notre position frontalière nous pose problème. Ici, nous sommes obligés de payer notre main d'œuvre 10 à 15 % de plus que dans une autre région française si nous voulons garder nos meilleurs collaborateurs. Sinon ils partent travailler de l'autre côté du Rhin avec le statut avantageux de travailleur frontalier. Je réfléchis très sérieusement à sous-traiter ma fabrication en Tchéquie ou en Hongrie. Leur savoir-faire est aussi bon qu'ici et coûte moins cher. Il faut dire aussi que les métiers de la mécanique sont depuis plusieurs années boudés en France, donc ces professionnels sont peu nombreux sur le marché du travail."

[ ROLOS en chiffres ]
- 8 salariés
- 1,5 M d'euros de CA

Références : Sandvik (groupe suédois), Peugeot - Japy

Philippe Schleicher
"S'adapter sans cesse à la demande"
Philippe Schleicher, Directeur de BSI Constructeur, analyse ici les raisons du succès de son entreprise.
Nous fabriquons des machines-outils transfert pour l'industrie automobile. Nous vivons une phase de croissance avec une augmentation de plus de 40 % du CA consolidé. Il n'en a pas toujours été ainsi. Heureusement nous avons su nous adapter à la demande de l'industrie automobile au moment de la crise des années 90. Elle souhaitait des machines capables d'évoluer en fonction de la demande de production. L'évolution technologique s'est étalée sur trois ou quatre ans. Cette année, nous avons présenté la dernière génération de ce type de machine-outil au salon d'Hanovre.
Nous réalisons 25 à 30 % de notre chiffre d'affaires à l'export, notamment avec l'Allemagne. Notre objectif est d'atteindre les 50 % d'ici 2005. Le programme PARDI nous permettra en tout cas d'échanger avec des partenaires français sur tous les aspects marketing, c'est-à-dire le développement des réseaux de distribution à l'étranger."

[ BSI en chiffres ]
- 55 salariés
- 10,93 M d'euros de CA

Références : Valfond, Manzoni - Bouchot

Jacques Issemann,
"Occuper les niches porteuses"
Jacques Issemann, Directeur d'Atelco, déplore également la carence de main d'œuvre en Alsace qui limite le potentiel de développement.
Nous fabriquons des "moutons à cinq pattes" ! C'est-à-dire des machines que nos clients ne trouvent pas sur le marché. Nous travaillons avec un réseau de soustraitants situés dans un rayon de 30 km. Ce qui nous permet de faire face à la demande. Nous réalisons 20 à 30 % de notre chiffre d'affaires à l'export, essentiellement au sein de l'Union européenne. Nous exportons aussi aux USA, au Koweït et aux Indes mais en association avec un partenaire commercial. Notre secteur se développe car nous sommes dans une niche technologique que ne peuvent pas occuper les grosses entreprises. Notre taille nous laisse une flexibilité énorme qui nous permet de répondre exactement à la demande de chaque client. Nous sommes loin d'avoir conquis tous nos marchés à l'export, mais seul c'est difficile et onéreux. Le PARDI nous aide beaucoup. Notre présence en groupe sur un salon est bénéfique à tous. La renommée des uns profite aux plus petits, et les coûts sont moindres. Cela dit, à quoi sert de prospecter si on ne peut répondre à la demande. J'ai abandonné une grosse affaire avec le Maroc, à cause des délais. Si je payais mes collaborateurs en heures supplémentaires, je perdais de l'argent. Et sans main d'œuvre supplémentaire je ne tenais pas les délais imposés par le client. Or en Alsace, on ne trouve personne à embaucher. C'est catastrophique !"

[ Atelco en chiffres ]
- 25 salariés pour l'usine de fabrication
- 5 salariés au bureau d'études
- 2,3 M d'euros de CA

Références : PSA, Brickmann


   
   
   
   
   
   
   
 www.strasbourg.cci.fr
 
 

Enjeux
• Forte de quelque 1 000 entreprises, la France occupe dans ce secteur industriel moins de 3 % de la production internationale et se classe au sixième rang mondial. Ici, les pays leaders sont le Japon, l'Allemagne et les États-Unis. Quelques acteurs mondiaux occupent le marché depuis les années 80 avec des machines dites standard ou en série, proposées à des prix défiant toute concurrence. Ce créneau-là est de ce fait presque totalement abandonné par les entreprises de notre Hexagone. La présence de la machine-outil française se situe plutôt dans des niches technologiques, et en Alsace plus encore qu'ailleurs. Pour tout ce qui concerne le secteur
de la machine-outil et de la mécanique

[ Contact CCI ]
Alain Layrac, 03 88 76 42 27 a.layrac@strasbourg.cci.fr

La mécanique : 1er employeur de l'industrie alsacienne
Avec un chiffre d'affaires de près de 400 milliards de Francs et un effectif de 500 000 personnes dans 6 000 entreprises, la mécanique française se situe au 4e rang mondial (derrière les États-Unis,
le Japon et l'Allemagne) et a connu un taux de croissance de 7,1% en 2000. La mécanique française représente 12% de la production industrielle française et 16 % de la mécanique européenne.

En Alsace, le secteur des équipements mécaniques, historiquement bien implanté dans toute la région, est le premier employeur industriel, avec 23 000 salariés et représente 4,9 % du secteur national.
Selon Jacques Le Dosseur, Président de la Fédération des Industries Mécaniques en Alsace et conseiller technique de la CCI, "le dynamisme des entreprises régionales a été largement favorisé par l'appartenance de grandes sociétés à des groupes allemands, américains ou multinationaux mais beaucoup de PMI alsaciennes montrent un grand dynamisme à l'exportation".

     
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