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En pleine décrue du chômage, la bonne santé
de l'économie accentue les difficultés de recrutement
en Alsace. Tour d'horizon avec quatre professionnels des ressources
humaines.
Quelles sont les entreprises qui recrutent ? Dans quels secteurs
d'activités ?
| Jean Roger |
On observe une forte croissance depuis deux ans (+ 3 % par an depuis
1997). Dans ce contexte toutes les entreprises ont tendance à
renforcer leur structure et la demande est très variée.
Première conséquence : des raisonnements du style
« une femme pas du tout » ou bien, « au-delà
de 50 ans c'est exclu » se raréfient. Deuxième
phénomène : il y a pénurie du marché
dans certains domaines car la nouvelle économie, c'est-à-dire
les secteurs d'activités liés aux nouvelles technologies
de l'information (TIC), draine beaucoup de profils, de compétences
et de niveaux de formation différents. J'ai vu des ingénieurs-géomètres
de formation rejoindre un secteur pour lequel ils ne se destinaient
pas à l'origine. D'autre part, ce nouveau secteur des TIC
attire beaucoup de jeunes profils bien formés, car il les
rémunère beaucoup mieux que les autres.
| Marc Sarwatka |
Rappelons les caractéristiques régionales.
En Alsace, notre taux de chômage est le plus bas de France
(5,3 %) et notre région est une place logistique forte.
C'est un attrait certain pour les entreprises internationales. On
observe d'une part des créations de postes liées à
de nouvelles activités dans l'électronique et le high-tech
par exemple. Là, le marché est plus que tendu. Je
pense aux électroniciens soft ou hard. Aujourd'hui, avant
même de sortir de leur formation, les ingénieurs ont
des propositions de contrats. Les entreprises doivent répondre
très vite à leurs propositions, car les candidats
sont tout de suite happés par le marché.
| Bruno Laurent |
Le marché est aussi tendu parce qu'on est une région
frontalière. L'Alsacien préfère travailler
en Suisse et en Allemagne car son salaire sera beaucoup plus intéressant.
| Marc Sarwatka |
Il y a aussi plus de postes à pourvoir pour cause de départ.
Le marché bouge. Les opportunités se multiplient.
Le comportement des candidats en est-il modifié ?
| Marc Sarwatka |
Bien sûr. Ils négocient leur salaire beaucoup plus
facilement. Ils signent deux ou trois contrats et font leur marché
après. C'est la conséquence des années de crise.
Les salariés ne voient plus l'entreprise comme une fin en
soi, mais comme un moyen financier.
Ils souhaitent une qualité de vie, tout en gagnant beaucoup
d'argent. Aujourd'hui, le candidat doit être séduit
par l'entreprise, mais aussi par la région. Et comme l'Alsace
souffre toujours d'un déficit d'image, nous devons en faire
la promotion.
| Bruno Laurent |
Avant, c'était le candidat qui faisait «la danse du
ventre» pour entrer en entreprise. Aujourd'hui c'est l'entreprise
qui fait «la danse du ventre» pour avoir des compétences.
Elle doit mettre en avant ses atouts distinctifs pour attirer l'intéressé.
Le nom
de l'entreprise et le salaire ne font plus forcément la différence.
C'est tout un environnement qui détermine la décision
du candidat : la voiture, le statut, la culture d'entreprise, l'évolution
de carrière, les écoles pour les enfants, la découverte
de la région...
Il y a encore quatre ans, le candidat n'avait pas beaucoup de choix.
Aujourd'hui quand il s'inscrit dans une démarche de recherche,
il a trois ou quatre propositions.
Paradoxalement, un recrutement dure plus longtemps qu'avant. Il
faut compter 6, 8 voire dix semaines. Pour un bon candidat, sa recherche
dure autant. Nous avons ainsi tout le loisir de préparer
en amont les arguments pour le capter quand on l'a trouvé.
|Jean Roger |
Cette réalité est liée à la tonicité
du marché de l'emploi. Les candidats ont un comportement
de consommateurs. Ils savent ce qu'ils veulent. Ils ont un objectif
personnel. Si l'offre ne rentre pas dans le cadre qu'ils se sont
fixé, ils prennent le risque d'attendre une meilleure offre.
À mon sens, ils ont gagné en maturité.
| Marc Sarwatka |
Ce qui change aussi, c'est le temps qu'on reste dans l'entreprise.
Il est de deux, trois, voire cinq ans, pas plus.
| Alexandre Joanin |
La crise a beaucoup changé les mentalités. La demande
du salariat indépendant a véritablement explosé
ces dernières années. Les cadres comme les non cadres
ne cherchent plus nécessairement d'emploi fixe, mais cherchent
à s'enrichir en passant par différents postes. Les
demandes des sociétés évoluent aussi. Elles
ont des besoins ponctuels. La flexibilité et le besoin de
flexibilité se développent. Le salariat indépendant
est une solution intermédiaire entre le travail salarié
et le travail non-salarié qui s'offre aux DRH.
Avant, le schéma classique, c'était le CDI, le CDD,
le temps partiel ou l'intérim. Maintenant les salariés
peuvent occuper plusieurs temps partagés. Notre rôle
un peu social de départ avec une offre attirant des chercheurs
d'emploi en attente de trouver un poste fixe, est révolu.
Maintenant les gens qui viennent nous voir ont un projet, veulent
exercer rapidement et cherchent un statut. C'est plus épanouissant,
mieux rémunéré. La voie « sécurisante
» est moins recherchée. Certains utilisent ce statut
pour tester une entreprise avec laquelle ils souhaitent travailler,
ou encore tester un marché pendant une année, une
année et demi. D'autres encore utilisent notre société
comme une solution de sous-traitance pour tout ce qui est gestion
des ressources humaines. Pour tous, cela coûte les frais de
gestion. Ces dépenses sont largement rentabilisées
en terme de gain de temps. Notre concept permet d'envisager, sans
prendre de risque, si on est capable de mener une activité
en tant qu'indépendant. Le taux d'échec des professions
libérales est quand même de 57 %.
Que vous demandent les entreprises ?
| Alexandre Joanin |
J'ai deux types de demandes. D'une part, on rencontre d'importantes
sociétés internationales qui souhaitent sous-traiter
toute la partie ressources humaines de leur activité, par
méconnaissance du droit du travail français. Et d'autre
part, des entreprises qui ont des besoins de renfort pour la réussite
de certains projets, mais ne souhaitent pas intégrer les
personnes dans leurs effectifs permanents. On fait alors appel à
des professionnels qui ont des compétences très précises.
L'intérim ne répond pas à ces demandes-là.
| Jean Roger |
On vit une mutation en terme d'organisation du travail, mais nous
en sommes seulement aux prémisses. L'externalisation en est
la preuve.
|Alexandre Joanin |
La principale crainte des entreprises vis-à-vis du salariat
indépendant, c'est la peur de perdre le contrôle sur
le salarié. Mais certaines n'ont pas d'autres moyens.
Côté entreprise, les critères recherchés
chez les candidats ont-ils changé ?
| Jean Roger |
Ou bien l'entreprise est prête à recruter un jeune
élément. Elle mise alors sur sa formation initiale
et sa personnalité. Ou bien elle opte pour l'expérience
d'un candidat. Cela n'a pas changé.
| Bruno Laurent |
À cette exception près que le recrutement des jeunes
motivés par des raisons démographiques sera bientôt
terminé. Dans deux ou trois ans, le 22-23 ans, on ne le trouvera
plus. En Alsace pour certains métiers techniques et commerciaux,
on doit chercher ailleurs.
| Marc Sarwatka |
Les entreprises sont de plus en plus attachées au savoir
être, au comportement. À la faculté de communiquer,
de travailler en équipe. Un recrutement n'est plus seulement
lié au savoir-faire, aux compétences techniques. Il
prend en compte l'ensemble des qualités humaines d'un individu.
Cette évolution du candidat est-elle conjoncturelle et
fragile ?
| Jean Roger |
Oui, car le recrutement repose sur la conjoncture économique.
C'est très difficile de changer de métier, car entrent
en compte des paramètres subjectifs, l'entente avec son équipe
par exemple. En temps de crise, tout le monde reste la tête
dans la tranchée avant de changer de poste.
| Bruno Laurent |
Aujourd'hui, pour le candidat c'est le moment idéal de se
repositionner sur le marché, pour gagner plus d'argent. Car
ce n'est pas forcément en poste qu'on peut revaloriser son
salaire. Certains utilisent même ce moyen pour s'évaluer
sur le marché du travail, quitte à faire pression
sur leur employeur.
|Jean Roger |
Mais à certain seuil de salaire c'est la considération
de son employeur qui prime avant tout.
| Marc Sarwatka |
C'est aussi le projet de l'entreprise qui importe.
| Bruno Laurent |
Les entreprises attirent et fidélisent par le moyen des stocks
options, mais au désavantage des PME-PMI qui peuvent être
confrontées pour ces raisons-là, à des difficultés
de recrutement.
Les candidats sont-ils plus attachés à leur qualité
de vie aujourd'hui ?
| Jean Roger |
La notion de dévouement, de devoir par rapport à l'entreprise
a tendance à s'estomper. Les candidats ont vu pendant la
crise, qu'on se séparait d'eux sans trop d'état d'âme.
Maintenant ils ont leurs objectifs, un point c'est tout !
Les 35 h ont-elles donné lieu à plus de recrutements
?
| Bruno Laurent |
L'embauche grâce aux 35 h fait sourire beaucoup de chefs d'entreprises
et de salariés.
| Jean Roger |
Les entreprises ont déjà trouvé la riposte.
Des primes apparaissent en compensation au dépassement d'heures.
C'est d'ailleurs baptisé dans le jargon des employés
"la prime 35 h ."
| Bruno Laurent |
Il est impossible d'analyser si les 35 h ont permis de recruter
plus. Le recrutement s'inscrit dans un contexte général.
| Jean Roger |
Les 35 h n'ont peut-être pas eu d'incidence sur l'emploi mais
donné l'occasion de jeter un coup d'il critique sur
la gestion
et le mode d'organisation de l'entreprise. Aujourd'hui, on est moins
cool. Le temps de présence doit être 100 % efficace.
Internet bouleverse-t-il les étapes du recrutement ?
| Bruno Laurent |
Internet ne les bouleverse pas mais les accélère avec
ses avantages et ses inconvénients. 60 % à 70 % des
offres nous arrivent via ce nouveau canal. Mais 10 % sont en général
exploitables pour le poste à pourvoir. Certains ne font que
se positionner sur le marché. Les bons candidats accompagnent
souvent leur CV d'un courrier.
Nous n'avons pas de site. Nous utilisons Cadre Emploi, un des tout
premiers sites nationaux qui fédère de nombreux recruteurs,
et des entreprises. Le candidat, pour sa part, fait une recherche
multi critères.
| Jean Roger |
Internet représente un média complémentaire
incontestablement intéressant mais ne bouleverse pas fondamentalement
les modalités de recrutement.
| Marc Sarwatka |
Nous pratiquons le cyber recrutement.
En fonction des postes, 80 % voire plus, des candidatures nous parviennent
par internet. Rien d'étonnant. Aujourd'hui, tous les jeunes
diplômés ont un mail. Internet ouvre aussi les frontières.
On peut chercher un ingénieur en Hongrie, aux USA et communiquer
ensuite par mail. Donc on accélère le recrutement,
mais l'étape de l'entretien reste incontournable.
| Jean Roger |
Nous puisons, en ce qui nous concerne, dans le réservoir
régional, Internet ou pas. Et dans la majorité des
cas, on trouve malgré tout, les candidats dans la région.
Car il reste difficile de faire venir les gens ici, de même
que les Alsaciens ont du mal à s'expatrier.
| Marc Sarwatka |
Sauf dans le cadre de chasse, dans des domaines très pointus
de la recherche, de l'électronique, du soft...
| Alexandre Joanin |
Nous avons un site portail, www.isalariat.fr, qui présente
l'ensemble de notre offre. Chaque personne peut gérer ses
contrats
en ligne. Internet est aujourd'hui un outil de travail très
complet et incontournable pour les candidats et pour les entreprises.
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