CCI de Strasbourg
Les archives du Point Eco de la CCI
n°202
Février 2001
Le Point Eco

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SELESTAT
  Bassin d'emploi
  Après les études, l'action
 

La pénurie de main-d'œuvre et le chômage qui coexistent sur le bassin d'emploi de Sélestat ont incité la CCI à y mener une étude afin de déceler les besoins en compétence des entreprises et prendre des mesures en conséquence.

Une enquête alliant données quantitatives et qualitatives a ainsi été menée par le département Conseil, orientation, emploi de la CCI. Un échantillon de 150 entreprises sur les 559 entreprises de moins de 49 salariés a été construit en tenant compte de cinq secteurs d'activités : l'artisanat, le commerce, les sociétés de services, l'industrie et l'hôtellerie-restauration. 92 chefs d'entreprise ont répondu à 49 questions portant sur la gestion des ressources humaines, les compétences, le recrutement et les perspectives d'actions. En voici les principaux résultats : 58 % des entreprises enquêtées sont de type familial. « Dans ce modèle, explique Patricia Kinnel, socio-démographe, l'analogie qui peut être établie entre le chef d'entreprise et le chef de famille permet d'éclairer le sens de sa gestion des ressources humaines. »
En raison de leur taille, la quasi-totalité des entreprises interrogées (94 %) n'ont pas de responsable ou de chargé des ressources humaines. Cette fonction est le plus souvent assurée par le chef d'entreprise lui-même avec l'aide d'un cabinet comptable ou d'une secrétaire.

Les compétences, une notion encore floue
Difficile de définir le terme de compétences. « Tout dépend du chef d'entreprise, remarque Josée Cailler, responsable du GIE. Plus son niveau est élevé, plus il recherchera un potentiel, c'est-à-dire la conjugaison d'un savoir, savoir-être et savoir-faire ; moins son niveau est élevé et plus il recherchera un savoir-faire. » Ainsi, pour 58 % des personnes interrogées, être compétent signifie être expérimenté tandis que 39 % estiment que c'est être à la fois expérimenté et diplômé.
Cette difficulté à définir les compétences se répercute sur la gestion des ressources humaines. «Nous leur avons demandé, par exemple, poursuit Josée Cailler, de définir les métiers dont ils avaient besoin ainsi que leur nombre. Plus loin dans le questionnaire, nous leur avons demandé d'indiquer leur besoin en postes. Nous nous sommes aperçus, en faisant des croisements, qu'ils surqualifiaient les postes à pourvoir. »
En matière de recrutement, près de 75 % des chefs d'entreprise interrogés signalent des difficultés de recrutement. Manque de candidats dans la région, image du métier ou manque de motivation en seraient les principales raisons. « Quand ils parlent de région, souligne Didier Kahn, directeur du département conseil, orientation, emploi de la CCI, il s'agit en réalité du territoire de leur canton. Globalement, le candidat idéal, compétent et motivé, sera considéré comme un enfant de la famille. »

Les suites à donner
Un observatoire des emplois et des compétences arrive en bonne place dans les vœux des chefs d'entreprise. Sa création, prévue pour 2001, devrait permettre de répondre à leurs attentes et de mener des études sur le long terme.
Une aide en amont dans la gestion des ressources humaines et la constitution d'un groupe de réflexion seraient aussi des hypothèses d'action. C'est pourquoi la CCI a constitué, dès janvier 2001, un groupe de réflexion et de suivi des actions composé de 12 chefs d'entreprise volontaires. Elle organisera, dès le second trimestre 2001, des actions de formation à la gestion des ressources humaines pour les dirigeants de TPE-PME.
    

  >> Témoignages
  Formation inadéquate
  Corinne Avitabille dirige un magasin de vêtements pour hommes et femmes à Sélestat. Elle emploie 9 salariés.

« Il est de plus en plus difficile de trouver des vendeuses qui ont les compétences nécessaires pour la vente assistée, surtout maintenant que l'on va passer aux 35 heures... Dans la vente assistée, il faut savoir parler, accueillir, conseiller, vendre. Or, aujourd'hui, les vendeuses ne sont plus formées. Celles qui travaillent en hypermarchés ou dans des magasins franchisés ne savent faire que du rangement... »
   
  La voie de l'apprentissage
  À Sélestat, Francis Schoepff est à la tête d'une entreprise familiale qui se compose de deux magasins de chaussures.

« Dans mon secteur, la vente assistée, il n'y a pas 36 solutions. Soit vous débauchez quelqu'un dans une autre entreprise, mais ce n'est pas dans mes habitudes, soit vous le formez par l'apprentissage. Je fonctionne avec un apprenti par magasin. L'apprenti ne peut apprendre que s'il est entouré de gens qui savent vendre. J'ai toujours gardé les jeunes qui étaient en apprentissage chez moi. Le problème est de ne pas se tromper au moment de l'embauche d'un apprenti, sinon on s'engage dans une galère qui dure deux ans... »
  
  Le biais de l'intérim
  Reiko, entreprise spécialisée en peinture industrielle, emploie 20 salariés. Son directeur, Maurice Reibel, recherche des sableurs.

« La technique du sablage consiste à mettre à nu le métal, à le dérouiller, puis à le repeindre. C'est un métier pénible qui s'apprend sur le tas. En général, on recherche un peintre en bâtiment pour le former à cette technique. Mais bien que les rémunérations soient bonnes, nous avons beaucoup de mal à trouver du personnel. Nous avons embauché deux intérimaires que nous avons gardés finalement. Il est sûr que si une personne valable se présentait, on la prendrait. »
  
  Changer les mentalités ?
 

Après 30 ans d'expérience à l'étranger, André Grossiord a posé ses valises, voilà deux ans, à St Pierre Bois où il a ouvert une petite auberge. Sa femme assure le service en salle pendant qu'il est aux fourneaux.

« De temps à autre, nous faisons appel à l'ANPE pour avoir un « extra ». Le restaurant commence à être connu et je prévois de prendre un apprenti cette année. Le secteur de l'hôtellerie-restauration est boudé par les jeunes car il présente deux handicaps : des contraintes horaires lourdes et un bas niveau de rémunération. Il faut être très motivé, quand on a 20 ans, pour travailler le soir et le week-end, pendant que les copains sortent. Dans notre secteur, les méthodes et conditions de travail se sont nettement améliorées mais la psychologie des employeurs n'a pas beaucoup évolué. Il faudrait faire bouger un peu les choses... »

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94 % des entreprises interrogées n'ont pas de Ressources Humaines.


« Les patrons devraient avoir de la patience et de la tolérance. »
En parallèle à l'enquête menée auprès des dirigeants de TPE-PME, une étude sur l'image des métiers a également été conduite, en partenariat avec le CIO et la Mission locale auprès de 60 jeunes de classes de 3e, CAP, BEP, bac pro, du bassin d'emploi de Sélestat.
Ce sont, dans l'ordre, les métiers de l'hôtellerie-restauration, ceux de la bouche et celui de bonne sœur (!) qui arrivent en tête des métiers qu'ils ne souhaitent pas exercer.
Les jeunes rêvent plutôt d'être vendeuse, coiffeuse ou professeur d'éducation physique. Ils estiment que le travail est valorisant à condition de l'exercer dans le métier choisi. Enfin, voilà ce qu'ils disent à l'adresse des chefs d'entreprise :
«Les patrons devraient avoir de la patience et de la tolérance vis-à-vis des apprentis, ne pas en embaucher que pour avoir des primes et comprendre que l'apprenti voudrait aussi aller plus loin...»


Une étude menée selon une méthodologie rigoureuse
« La rigueur scientifique de notre travail a crédibilisé l'étude auprès de notre comité de pilotage » souligne Didier Kahn.
Elle a été réalisée selon une méthodologie rigoureuse et évolutive comportant trois phases :
Première étape : un diagnostic économique du bassin d'emploi de Sélestat. Un comité de pilotage est un comité technique dans lesquels siègent des élus et des conseillers de la CCI, de la CMA, de l'ADAC, de la Région Alsace, de la DDTEFP, de l'Union des Industries du Bas-Rhin, de l'ANPE, de la Mission locale et de l'Opcareg se sont constitués pour assurer le suivi de l'étude.
Deuxième étape : 8 chefs d'entreprise sont auditionnés sur leur parcours, l'histoire de leur entreprise, leur environnement et leurs besoins en compétence.
La teneur de ces entretiens d'une durée de deux heures est notée et retranscrite au mot à mot avant d'être passée au crible de l'analyse de contenu. Les résultats de cette pré-enquête permettent de bâtir le guide de questionnement qui sera soumis aux 92 entreprises.
Troisième étape : Les enquêteurs de la CCI, de la CMA, de l'Union des Industries du Bas-Rhin et de l'Opcareg suivent une session de formation et rencontrent en entretien individuel les chefs d'entreprise dont ils notent aussi les remarques. Lors du dépouillement des résultats, ces remarques font l'objet, elles aussi, d'une analyse de contenu.


[ Contact CCI]
Josée Cailler
Département Conseil Orientation et Emploi
03 88 43 08 54
gie@strasbourg.cci.fr

     
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