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La tempête

Près d'un an après

En quelques heures, le pays le plus boisé d'Europe a subi, après la tempête du 26 décembre 1999, une catastrophe économique et écologique sans précédent.



En effet, plus de 140 millions de m3 d'arbres ont été mis à terre. La filière bois, qui emploie plus de 500 000 personnes en France, a ainsi perdu l'équivalent de trois années de production.

Comment dégager les forêts et les accès, et avec quels personnels ?
Comment mettre en place rapidement d'importants moyens de stockage ?
Le marché allait-il être saturé, et consécutivement les cours du bois allaient-ils s'écrouler ?
Personne n'a cédé au catastrophisme. Bien au contraire, les différents acteurs de la filière bois ont réagi rapidement et solidairement, notamment en gérant la première urgence qui était d'apporter les volumes de bois mobilisables le plus rapidement possible à l'industrie de transformation pour éviter qu'ils ne se dégradent.
Une Commission Interprofessionnelle, qui se réunit chaque semaine, a été créée par la Fédération Interprofessionnelle « Forêt Bois Alsace » (FIBOIS Alsace) sous la houlette de M. Jean MAEGEY, pour gérer l'ensemble des problèmes, notamment les questions de moyens (main d'œuvre, machines,...), de stockage et de commercialisation.
L'Alsace a été particulièrement touchée, mais a su réagir rapidement et efficacement grâce aux actions entreprises dès 1996 en faveur de la filière bois, par les professionnels et notamment FIBOIS, avec le soutien de la Conférence Interconsulaire du Massif Vosgien – CIMV – (réunion de 9 Chambres de commerce et d'industrie du Nord-Est de la France).
Même s'il est encore trop tôt pour faire un bilan définitif complet dans la mesure où certaines conséquences et évolutions sont encore à venir, ce bilan est cependant d'ores et déjà inscrit dans le programme-cadre de la filière afin que ses acteurs puissent mettre à profit les enseignements de ces événements.

Quelle est concrètement la situation près d'un an après ?
Rappel des volumes de bois à terre et leur mobilisation.
Ils s'élèvent à 6 500 000 m3, dont seuls 50 % sont mobilisables ou récoltables. Le volume restant est destiné en partie au bois d'industrie (grumes de plus faible diamètre) ou au bois de feu.
En forêt publique (5,5 millions de m3 à terre),
la moitié des bois feuillus et le tiers des bois
résineux mobilisables ont déjà été mobilisés.
En forêt privée (1 000 000 m3 à terre), un tiers des volumes mobilisables ont déjà été mobilisés.
Un appel à des entreprises étrangères jusqu'à fin juin 2000 a permis de faire face au surcroît momentané de travail, sans déstabiliser les entreprises locales. Si les capacités en exploitation sont suffisantes, il n'en est pas de même pour les transports routiers (manque de grumiers), ferroviaires (retard dans la mise à disposition des wagons), et fluvial (problème de tonnage sur les longues distances). Il faut également faire face à de nombreux goulots d'étranglement au niveau des capacités d'écoulement.

La commercialisation
La chute des cours constituait une forte crainte pour la filière.
La baisse enregistrée par rapport aux cours 1999 a pu être limitée, ainsi que le montre le tableau ci-après, les volumes commercialisés ayant été conformes aux objectifs fixés par la filière, soit environ 50 % des chablis commercialisés en forêt publique et 60 % en forêt privée à fin août.

Il est intéressant de relever que, dans d'autres régions, la baisse des cours a atteint, pour certaines essences, jusqu'à 80 %. La filière rencontre cependant les mêmes insuffisances en matière de transport que pour la mobilisation des bois.

Le stockage
Aujourd'hui, les capacités de stockage par arrosage ou à sec, s'élèvent à 570 000 m3, répartis sur 39 sites. Le stockage des bois, en attente de leur commercialisation et livraison, constituait et constitue toujours un point particulièrement sensible.
En effet, si la capacité totale du stockage est suffisante, les capacités en arrosage restent trop faibles, compte tenu de nombreuses contraintes administratives et écologiques interdisant ou rendant impossible l'aspersion.

 

Le stockage a également subi un retard important dû encore au manque de capacités de transport, et ceci après les manques de main d'œuvre pour les premiers travaux en forêt après la tempête. Depuis début septembre 2000, la moitié du volume à stocker est sous eau, l'autre moitié étant entrée dans les opérations de transformation.

La reconstitution
Il s'agit de la prochaine étape, après la sécurisation des chantiers et les déblaiements en forêt.
13 200 hectares sont à reconstituer en Alsace, pour un coût prévisionnel de 290 millions de francs (dont 12 000 hectares et 264 millions de francs pour la forêt publique).
Cette reconstitution se fera par régénération naturelle pour environ 2/3 de la surface, pour favoriser la mixité des essences et respecter davantage les caractéristiques des sols et des climats, et par régénération artificielle pour le tiers restant.
Il y a également urgence à rétablir un équilibre forêt/gibier en mettant en œuvre la politique de reconstitution sous l'égide de l'ONF et du CRPF.

La forêt, une chance pour la France
La filière bois semble être sur la bonne voie pour gérer l'après tempête, récoltant ainsi les fruits de sa cohésion. Cette cohésion devra cependant perdurer car, dès 2001, la récolte sera moins importante et pourrait induire une baisse d'activité pour les récoltants et une baisse d'approvisionnement pour l'industrie et les scieries. La rareté du bois reviendra et les prix remonteront. Pour s'y préparer, les entreprises de la filière devront également investir dès maintenant.
Cette catastrophe a également permis de mettre en évidence une importante pénurie de main d'œuvre qualifiée dans certains métiers de la filière, comme les charpentiers, la mise en place des 35 heures n'arrangeant évidemment rien !
D'autres enseignements devront être tirés, tels que l'introduction de la vente à l'amiable (et non plus aux enchères) des bois aux scieurs, ce qui permettrait de répondre de manière plus adaptée à l'offre et à la demande, notamment dans des situations exceptionnelles.
Il serait absolument nécessaire d'adapter et/ou d'alléger, au niveau national, certaines contraintes administratives en matière de main d'œuvre, d'environnement et d'appel à des prestataires étrangers (transporteurs par exemple) dans ce type de situation.
Nul doute que la procédure française de certification de la gestion forestière durable, actuellement en cours, se mettra encore plus rapidement en place, l'ensemble des acteurs de la filière mesurant maintenant tout son intérêt.
Dès le 27 janvier 2000, le Premier Ministre a fait connaître les aides attribuées à la forêt sous forme de subventions et prêts. La Région Alsace et les départements ont abondé des actions spécifiques, comme le stockage, le transport, la reconstitution. Cette dernière trésorerie a été disponible immédiatement.
Il reste également à souhaiter que la future loi sur la forêt s'inspirant des conclusions du rapport Bianco « La forêt, une chance pour la France » tirera toutes les leçons de la tempête de 1999.

Contact Fibois Alsace
Jean Maegey, 03 88 19 17 19
fibois-alsace@wanadoo.fr
Contact CCI
Harald Stammbach, 03 88 75 25 70
h.stammbach@strasbourg.cci.fr


Essences Baisse enregistrée
par rapport aux cours de 1999
pin - 15 %
Sapin Epicéa - 35 %
Hêtre - 5 %
Chêne - 6 %
Tous bois façonnés - 20 %



 

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