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Strasbourg-Moscou

Un envol attendu

Depuis le 26 août, l'Alsace est à portée d'ailes de la Russie avec
l'ouverture d'un vol hebdomadaire entre Strasbourg et Moscou. C'est l'aboutissement de plus de trois ans de difficultés administratives. Mais quel est l'intérêt réel d'une telle ligne ? Quel développement économique et touristique peut-on en attendre ? Malgré la crise financière de l'été 98, l'heure est à l'optimisme. L'enjeu est de taille. Des entreprises témoignent.


Une balance positive
Déficitaire par le passé, la balance commerciale des échanges entre l'Alsace et la Russie présente un solde positif depuis 1997. Ce solde était de 162 millions de francs en 1999. La part des exportations alsaciennes dans le total des exportations françaises vers la Russie représente 6,51 %. Alors que l'Alsace est excédentaire dans ses échanges avec la Russie, la France est déficitaire. Pour elle, le solde est négatif de cinq milliards de francs.
Cependant, les exportations alsaciennes vers la Russie ont diminué de 24 % par rapport à l'année précédente. Quant aux importations en provenance de ce pays, elles ont diminué de 32 %.
Les exportations alsaciennes concernent en premiers lieux les produits des industries agro-alimentaires (231 millions de francs) suivis des biens de consommation courante (182 millions de francs). Les importations les plus importantes touchent les produits énergétiques (249 millions de francs).
Ainsi, au classement des principaux clients de la région Alsace, la Russie occupe la 20e place loin derrière l'Allemagne, le Royaume-Uni et l'Italie qui se situent aux trois premières places.
Parallèlement, au classement des principaux fournisseurs de la région Alsace, la Russie vient en 26e place. Là, c'est l'Allemagne et la Suisse qui arrivent en tête.
Sources : Direction générale des douanes et droits indirects –
Direction régionale de Strasbourg.

EXPÉRIENCES
« Encore deux ans d'observations »
Parmi les entreprises alsaciennes qui exportent de manière significative en Russie figurent Alcatel, Alsapan, Bongard, Heckel Sécurité, Continental Biscuits (Haut-Rhin), Heppner, Extenzo, Sotralenz, Socomec et Tryba, le spécialiste de la porte et fenêtre de Gundershoffen qui a fêté en juin ses 20 ans d'existence.
Marc Burger, directeur général de SOPROFEN, filiale du groupe Tryba, livre son expérience du marché russe.
« En 1997 nous avons participé pour la première fois à un salon de produits du bâtiment à Moscou. À l'époque nous nous sommes intéressés à la Russie pour trois raisons essentielles : un désir d'élargissement de notre activité, la taille du marché russe, la progression économique du pays. On sait que le premier secteur qui se développe dans un pays en progression est la fenêtre, notamment dans le cadre de travaux de rénovation du bâtiment.
Les premiers contacts au salon de Moscou ont été excellents et six mois après seulement nous avons établi un partenariat avec un fabriquant moscovite de fenêtres. Nous lui avons livré les profilés, il fabriquait les produits et les commercialisait à l'intention du grand public. Le départ a dépassé toutes nos espérances avec un chiffre d'affaires de près de sept millions de francs.
La progression a continué en 1998 jusqu'au moment du krach. Là, tout s'est effondré avec une baisse d'activité de 60 à 70%.
Actuellement les choses ont l'air de reprendre. Nous disposons maintenant de huit partenaires à Moscou et dans différentes grandes villes du pays, notamment dans le sud. Nous avons aussi créé un produit spécifique pour le marché russe. Les gens disposant de petits logements, ils ferment souvent les balcons pour y stocker divers objets. Nous nous sommes placés sur ce créneau avec un produit à prix très attractif.
Compte tenu des difficultés de 1998 nous restons prudents. Pour les deux années à venir, nous maintenons notre présence, mais sans développement fort afin d'observer l'évolution à la fois économique et politique. Le manque de stabilité au cours des années passées nécessite prudence et vigilance ».
Contact : Marc Burger, Soprofen-Tryba, 03 88 90 50 31

« Un potentiel énorme »
La dernière des entreprises alsaciennes à partir à la conquête de la Russie est la société Trading Point de Strasbourg. Créée il y a trois ans et demi par Gérard Strauch, la société spécialisée dans la vente de produits de bien-être et de santé, a réalisé l'année dernière 32 millions de francs de chiffre d'affaires avec ses cinq salariés. La totalité du chiffre d'affaires est réalisé à l'export, dont 85 % en Allemagne.
Gérard Strauch raconte son parcours : « C'est dans le cadre de la recherche de nouveaux marchés à l'export que j'ai pensé à la Russie. Avec un total de 147 millions d'habitants, il y a un vrai potentiel là bas pour les produits diététiques, de santé et de parapharmacie. Ce qui est vendu dans ce créneau dans le pays est du bas de gamme et tout ce qui vient de l'extérieur est du moyen et du haut de gamme. L'Allemagne et les Etats-Unis s'y sont déjà implantés, mais il y a encore de la place pour nous.
Mon entrée sur le marché russe a commencé par un travail préliminaire réalisé par la MCIS et par l’ADA ainsi que son représentant à Moscou Eugène Simonov. Fin juillet, je suis allé moi-même à Moscou et Saint-Petersbourg pendant une semaine. Mon dernier voyage dans ces villes remontait à quinze ans. J'y ai trouvé un pays que je ne connaissais pas, des métropoles occidentalisées.
Sur le plan des affaires, je reviens enchanté. Il y a là bas une vraie volonté de travailler avec des produits étrangers comme les nôtres. Le marché offre des perspectives et j'ai rencontré un partenaire à Moscou avec lequel nous allons faire affaire. L'idée est de lancer avec lui sur le marché russe deux premiers produits parapharmaceutiques. Ma société va participer au travail de promotion. C'est un test. À la lumière des résultats et de la solidité financière de notre partenaire, nous allons examiner la suite des opérations. Pour l'heure, il est impossible de situer le chiffre d'affaires à réaliser par Trading Point en Russie ».
Contact : Trading Point, Gérard Strauch, Eckbolsheim
03 88 10 28 98

« L'indispensable partenaire »
Paul Tschaen s'occupe du marché russe à l'ADA. Fort de huit ans d'expérience dans ce pays en liaison avec Eugène Simonov, délégué permanent à Moscou, il livre quelques conseils aux chefs d'entreprises alsaciens qui souhaitent développer leurs activités d'export vers la Russie.
« Il est indispensable de trouver sur place un bon partenaire. Ce partenaire importateur et distributeur de produits alsaciens doit disposer d'un réseau et d'introductions. Autre conseil aux entreprises : envoyer là-bas des produits semi-finis que le partenaire se charge de finaliser ou d'assembler. Il y a ainsi une plus-value dans le pays. En plus cela réduit les coûts et permet d'être moins cher sur le marché que d'autres produits issus d'une importation pure et simple. Il ne faut pas chercher à s'implanter soi même, la législation russe n'est pas bien faite pour cela.
Avec 147 millions d'habitants, dont 6 à 7 % qui ont vraiment de l'argent, la Russie constitue un marché potentiel favorable. L'Etat est pauvre, mais le pays est riche. De plus que la Russie importe 75 % de ce qu'elle consomme. Les secteurs porteurs sont le second œuvre du bâtiment, l'agro-alimentaire et la chimie. Par ailleurs, l'économie russe se remet : la balance commerciale est excédentaire tout comme la balance de paiement et le rouble s'est stabilisé. Toutes les prévisions noires faites par les économistes après le krach de 1998 ont été fausses. Reste qu'il ne faut pas imaginer que la Russie est un eldorado. L'eldorado n'existe pas. La Russie est simplement un marché à ne pas sous-estimer.
C'est un marché proche avec lequel il n'y a pas, de surcroît, d'obstacle culturel ».

Contacts : Paul Tschaen, ADA - Colmar, 03 89 20 82 68
Eugène Simonov, ADA - Moscou, 00 70 95 97 70 755

La Russie est inscrite au Programme Régional Export proposé, chaque année, aux entreprises exportatrices de la région et élaboré
par les CCI alsaciennes, le Conseil Régional, l'ADA, la Direction Régionale du Commerce Extérieur et les Conseillers du Commerce Extérieur.

Comme à l'Ouest
1990 Création de la compagnie Transaero. C'est la première compagnie Russe créée sur les bases de l'économie de marché.
1991 Lancement d'une première liaison charter entre Moscou et Tel Aviv.
1992 Arrivée de Valery Musaev au sein de Transaero en tant que vice-président. Jusque là, il menait une carrière au sein du ministère des Affaires étrangères. Il est âgé aujourd'hui de 53 ans.
1993 Mise en service de lignes régulières.
1996 Le cap de 1,5 million de passagers est franchi.
2000 Les principales destinations de Transaero sont : Londres (vol quotidien), Francfort, Tel Aviv (dix fois par semaine), Chypre.
Au fil des ans, Transaero a accumulé les nouveautés en Russie. Elle est la première compagnie a avoir introduit la classe affaire, à lancer des programmes de fidélisation et à utiliser des avions de l'Ouest à la fois sur des lignes internationales et domestiques.


Moscou : vers la Place Rouge et le Kremlin. A deux pas du plus récent centre commercial de Russie ouvert en 1998.

 

Économie
Un avenir prometteur
À la suite d'une nouvelle mission à Moscou, Patrick Schalck, Directeur du commerce international à la CCI de Strasbourg et du Bas-Rhin, souligne les atouts et les faiblesses de l'économie russe. Il conclut que la Russie est un marché européen d'avenir.

Atouts
- L'inflation avait atteint 84% en 1998, mais depuis la hausse des prix à la consommation est retombée à un niveau moyen de 3 % par mois.
- Selon Patrick Schalck, l'évolution politique russe va donner au pays « davantage de stabilité financière et économique ».
- L'amélioration des finances publiques est notable. En 1999, la Russie a affiché un excédent primaire de 1,6 % et un déficit budgétaire de 2,5 % seulement du PIB.
- Le marché est immense, le potentiel technologique et humain considérable et plus de la moitié du panier de la ménagère russe vient d'importations.
- Les créneaux tout particulièrement porteurs sont les produits des industries agroalimentaires, l'électroménager, mais aussi les biens de consommation courante.

Faiblesses
- Après le krach d'août 1998, la perte de pouvoir d'achat était quasi générale pour les Russes. Le niveau de consommation réel des ménages avait baissé de 13 %.
- Les importations russes étaient en chute libre l'année dernière. Au premier trimestre, le pays n'a importé que le tiers de ce qu'il avait importé à la même période en 1998.
Contact : Patrick Schalck 03 88 76 72 24
p.schalck@strasbourg.cci.fr

La première présence française
La liaison hebdomadaire Strasbourg-Moscou est assurée par Transaero Airlines. C'est le premier pas en France pour cette compagnie.

Valery Musaev, en tant que vice-président de Transaero présentez-nous les raisons qui vous ont poussé à ouvrir une ligne régulière en Strasbourg et Moscou ?


Vallery Musaev, Vice-Président de Transaero

Ma compagnie a toujours eu le souci de développer les destinations européennes. Nous sommes déjà en Allemagne, en Angleterre. Ce projet est en préparation depuis 1997. Nous avons beaucoup de demandes de trafic en raisons des relations culturelles et historiques entre la France et la Russie. L'Alsace constitue aussi pour les Russes une place importante en matière touristique. Par ailleurs, sur le plan économique, de nombreuses sociétés alsaciennes sont représentées à Moscou. Enfin, la présence du Conseil de l'Europe à Strasbourg joue un rôle non négligeable pour le remplissage de nos appareils.

Et cela n'aurait-il pas été plus facile de vous implanter sur un autre aéroport de France pour augmenter les possibilités de correspondances ?
Cette question mérite deux réponses. Tout d'abord, c'est le statut spécifique de Strasbourg, ville ouverte depuis 1979, qui nous a permis de nous implanter là. Ensuite, Strasbourg occupe à nos yeux une bonne position au cœur de l'Europe, notamment pour les voyages touristiques.

Après la crise financière de l'été 98, est-ce vraiment le bon moment pour ouvrir cette ligne ?
La crise nous a malmené. Avant l'été 98 nous avions 16 avions et proposions 30 destinations. Avec la crise nous avons dû réduire à la fois notre flotte et nos destinations. Nous avons aujourd'hui sept Boeing 737 de 98 places, 25 destinations et nous avons terminé l'année 99 avec des profits. De façon générale, le pays va mieux.

Quelles sont les conditions de réussite de la liaison Strasbourg-Moscou ?
La réussite dépend à la fois de Strasbourg et de Moscou. De notre côté il faut développer Strasbourg comme un nouveau marché. Nous mettons aussi en avant la qualité de notre service. En France, l'aéroport de Strasbourg et la CCI nous aident notamment à établir des liens avec des tours opérateurs afin qu'ils montent des produits à destination de la Russie avec notre compagnie. On peut imaginer des produits au départ de Strasbourg avec quatre jours à Moscou, puis trois jours à Saint-Petersbourg. Lors d'un récent passage à Strasbourg, j'ai aussi rencontré les dirigeants d'Alsace Croisières pour le développement des croisières entre Moscou et Saint-Petersbourg avec des départs en avion de Strasbourg.
Pour assurer la pérennité de la ligne il faut un taux de remplissage de 65%. C'est sûr que notre arrivée à Strasbourg est risquée, mais il en est ainsi à chaque ouverture de ligne. Nous avons aussi que pour réussir il faut deux arriver à deux vols hebdomadaires.

Les compagnies aériennes des anciens pays de l'Est ont parfois encore une mauvaise image de marque auprès du grand public, notamment pour des questions de maintenance des appareils. Ne craignez vous pas d'avoir à souffrir de cette situation ?
Chez nous, la maintenance est assurée aussi bien qu'en France. La sécurité est régie par des règles internationales. Nous sommes membres des organisations internationales de contrôle, membres aussi de l'IATA depuis 1993.

Un marché touristique d'avenir
Pour Jean-Jacques Gsell, Président de l'Office du Tourisme de Strasbourg et de sa Région, la Russie fait partie de ces pays dans lesquels les partenaires touristiques alsaciens doivent investir.


Jean-Jacques Gsell, Adjoint au Maire de Strasbourg, Président de l'Office de Tourisme de Strasbourg et de sa Région (OTSR), Conseiller Général du Bas-Rhin

« Les Sud Américains, les Russes, les Chinois seront demain en voyage en Alsace. Je suis convaincu que tel sera l'avenir. Des études le prouvent. Par exemple, la Chine sera le premier pays du monde émetteur de touristes en 2020 ». Jean-Jacques Gsell, Adjoint au Maire de Strasbourg et Président de l'Office du Tourisme de Strasbourg et de sa Région (OTSR) ajoute : « Pour la Russie, les premiers indicateurs sont là aussi à Strasbourg. Les visites guidées en langue russe ont été multipliées par quatre en l'espace de deux ans. Nous avons franchi l'année dernière la barre des 100 groupes de Russes. Ceci nous a incité à publier un document inédit sur Strasbourg en langue russe ».
Avec l'ouverture de la ligne Moscou-Strasbourg, la tendance va s'accentuer. « D'autant que l'Office du Tourisme de Strasbourg est présent sur le marché russe depuis 1995 », souligne Jean-Jacques Gsell. « Je ferai tout pour que le Boeing de Transaero soit plein chaque semaine dans les deux sens ». Strasbourg a mené un travail à long terme de sensibilisation et de promotion auprès des touristes russes potentiels. Le Comité Régional du Tourisme d'Alsace s’y est associé à partir de 1997.

Pas de nouveaux riches douteux
« Même si les destinations naturelles des Russes en France sont Paris et Nice, Strasbourg peut se positionner », ajoute Bertrand Bilger, directeur commercial de l'Aéroport International Strasbourg, fort de son expérience de plusieurs voyages prospectifs à Moscou. Il commente : « La notoriété de Strasbourg existe et l'Alsace, par sa richesse historique et gastronomique, plait naturellement à un public cultivé ». La crainte de certains de voir arriver de nouveaux riches douteux en Alsace semble écartée. Ceux-ci préfèrent le clinquant de Nice ou de Paris. Comme pour les Japonais ou les Américains, l'Alsace présente en outre l'atout de sa position géographique au cœur de l'Europe.
Beaucoup de Russes à Strasbourg et dans la région... La partie n'est pas gagnée pour autant. Les efforts de promotion doivent être maintenus et intensifiés, alors qu'aujourd'hui l'investissement de l'Office du Tourisme de Strasbourg en Russie plafonne autour de 60 000 F par an. La formation des professionnels du tourisme alsaciens à l'accueil de voyageurs russes doit aussi être singulièrement engagée : aujourd'hui Strasbourg compte trois guides parlant le Russe. Enfin, les différents partenaires du tourisme alsacien (professionnels et institutionnels) doivent mettre en place et développer une politique globale d'intervention pour éviter une dispersion de moyens que l'on connaît déjà trop.

Un capital de sympathie
Cela semble d'autant plus indispensable qu'une autre opération lancée il y a deux ans permet à Strasbourg de bénéficier d'un beau capital de sympathie en Russie. Dans le cadre d'un programme financé par la Commission européenne, l'Office du Tourisme de Strasbourg apporte son aide et son assistance à Veliky Novgorod, la plus ancienne ville de Russie située à mi-chemin entre Moscou et Saint-Petersbourg. Après la réalisation d'un audit, un plan de développement stratégique a été élaboré et Strasbourg a notamment apporté son assistance technique à la création d'un office de tourisme à Veliky Novgorod et à l'édition de brochures touristiques.
Ces différentes actions menées depuis cinq ans, la conviction de la nécessité de poursuivre les efforts de promotion, la conscience qu'il faut mettre en œuvre une synergie de moyens et l'envie des Russes de découvrir Strasbourg, sont maintenant autant d'atouts à ne pas gâcher.

Trois heures de vol
La liaison Strasbourg-Moscou est assurée une fois par semaine,
le samedi.
Le trajet est réalisé en trois heures par un Boeing 737-200 de 98 sièges.
> Départ de Moscou à 12 h 30, arrivée à Strasbourg 13 h 50.
> Départ de Strasbourg à 14 h 40, arrivée à Moscou à 19 h 40.
> Prix du billet : à partir de 2 300 F aller-retour, plus les taxes aéroportuaires.
> Renseignements et réservations auprès des agences de voyages.

     



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