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Les archives du Point Eco de la CCI
 

Analyse

Quels critères pour la performance ?

Nous aurions eu beau jeu de vous présenter, quasi bruts de décoffrage, les éléments statistiques et analytiques de l’INSEE, contenus dans l’édition 2000 de "L’Alsace industrielle". À juste titre, ce très bel outil, dont la précédente mouture remonte à 1991, figure déjà en bonne place chez bon nombre de décideurs. Le panorama qu’il dresse de notre industrie régionale, les tendances qu’il dégage se suffisent à elles-mêmes.
À cet égard, il convient de souligner que cet ouvrage est le fruit d’un partenariat actif entre l’INSEE et divers organismes, dont la CCI, et sa qualité résulte précisément de la mutualisation des connaissances et des moyens. Au-delà des chiffres, il nous semblait légitime de vous livrer l’expérience de vos pairs, comme autant d’axes de progrès.
Et là réside la vocation, sinon l’ambition, de ce dossier.

  Si l’on parle d’industries performantes, que recouvre le vocable de performance ? Sur quels critères, objectifs ou non, peut-on fonder la performance ? Ce sont, en quelque sorte, les questions subsidiaires posées à nos interlocuteurs, après avoir passé au crible les caractéristiques de leurs entreprises respectives. L’exercice
est édifiant. Chacun décline sa perception de la performance
à l’aune de sa propre activité. S’esquissent alors quelques lignes
de force : l’imagination, l’innovation, une prise de risque pas forcément cartésienne, la combativité à l’export, les parts de marché, les ressources et les qualités humaines, la formation…
Comme si, en définitive, la performance était tout cela à la fois.
Qui en doutait ?
 

L’imagination au service de la performance

L’incontestable bonne santé des industries alsaciennes ne doit
aucunement masquer la réalité de marchés tendus, de concurrence acharnée, tous secteurs d’activité confondus.


Alors, qui tire son épingle du jeu, et comment ?

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D
ifficile de brosser à grands traits ce que l’INSEE expose en plus de 70 pages dans "L’Alsace industrielle". D’autant que, à en croire Vincent Le Calonnec, directeur régional de l’INSEE, "il s’agit d’un panorama assez général, un ouvrage de synthèse par rapport aux données dont on dispose". Lui-même arrivé dans la région début 2000, avoue avoir fait quelques découvertes à la lecture de la monographie. "L’Alsace dégage une image d’opulence que, confusément, on imagine plutôt liée au secteur tertiaire. De fait, le dynamisme de la région est bien ressenti par les observateurs extérieurs. Vincent Le Calonnec relève ainsi la présence d’une industrie forte, et forte par sa diversité. "Pour cette raison, peut-être, l’Alsace n’est pas citée spontanément comme région industrielle.

" Autre idée-force à ses yeux, une importante capacité exportatrice. Sur ce sujet, l’INSEE publie d’ailleurs ce mois-ci une étude économétrique, un état des lieux en Alsace, Lorraine, Franche-Comté et France. "L’Alsace est exportatrice dans pratiquement tous les secteurs, au-delà de ceux traditionnellement ouverts. Et cette tendance ne peut se limiter à un effet frontalier. Indéniablement, l’Alsace attire."
"L’Alsace industrielle" approfondit les caracté-ristiques bien connues de notre région : diversité des activités, affinités pour l’export, présence de grands groupes, poids marqué des capitaux étrangers. Et, bien évidemment, des performances supérieures à la moyenne nationale, en termes d’investissement, de productivité et d’exportations. Restait à voir comment ces performances se traduisent sur le terrain…

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Parts de marché et résultats
Georges Chiavazza, PDG, "La Case aux Épices", Hochfelden


Georges Chiavazza, PDG et Jean-Jacques Blanchard, Directeur responsable de la nouvelle unité de production, "La Case aux Épices"


Témoin idéal pour évoquer la performance, Georges Chiavazza a démarré son affaire seul, il y a 28 ans, avec 500 F en poche… " mais avec de solides relations dans le secteur de l’industrie agroalimentaire." Aujourd’hui, "La Case aux Épices" représente 80 personnes, deux sites, dont une récente unité "sauces et doses". Là sont notamment produites des dosettes individuelles (mayonnaise, sauce salade) pour la restauration hors foyer et les IAA, au rythme de 8 millions par jour. "Les indicateurs de la performance d’une entreprise ? Ses parts de marché et ses résultats", dit Georges Chiavazza. "Le paradoxe, c’est que lorsqu’on veut conquérir des parts de marché, on sacrifie fatalement les résultats." Il ne l’avoue pas aussi crûment, mais un sérieux flair semble le guider. La réussite, lui la porte plutôt au compte "d’une santé de fer, alliée à une grosse puissance de travail, à une imagination constructive et efficace, et à la capacité à prendre des risques calculés". C’est ainsi qu’il a conçu les sachets d’huile pimentée pour pizzas, les dosettes à ouverture facile. De la même façon, alors que la société connaissait une croissance de 15 à 20 % l’an, Georges Chiavazza choisit, il y a quelques années, de se rapprocher des Sucreries d’Erstein, actionnaire majoritaire. "Non par souci financier, mais pour pérenniser l’entreprise. Je sentais aussi qu’une petite société, aussi performante soit-elle, n’apparaissait pas sécurisante aux yeux des mastodontes qui sont nos clients". Aujourd’hui, "La Case aux Épices" investit 4 MF dans un procédé de traitement thermique des épices. Son originalité, encore unique en France, est d’en préserver les qualités organoleptiques. Le flair, toujours…

De l’impérieuse nécessité d’aller au combat
Bernard Hébert, vice-PDG, Stracel, Strasbourg


Bernard Hébert, vice-PDG de Stracel


Le moins que l’on puisse dire est que le président du Comité régional Alsace des Conseillers du Commerce Extérieur (CCE) ne s’embarrasse pas de faux-semblants. "Une industrie performante est une industrie qui reste toujours à la pointe du combat qu’elle mène pour satisfaire ses clients. Elle doit être capable de résister et de gagner dans une compétition mondiale. Nous ne représentons qu’une petite partie consommatrice dans le monde, le potentiel reste énorme", assène-t-il, avec une indéniable force de conviction. Comment faire ? "La veille technologique est indispensable. Les grandes entreprises la pratiquent, mais elle n’est pas assez répandue dans les PME." C’est en fait une attitude que prône Bernard Hébert : "Il faut être à l’affût du danger, dans une posture défensive, et à l’affût des opportunités, dans une perspective offensive." À la veille technologique, Bernard Hébert ajoute la veille politique, en l’occurrence "un lobbying positif par branche. C’est avertir les politiques, leur expliquer les freins, les dangers, à une époque où ils décident de plus en plus pour nous", en référence à l’OMC, par exemple. L’atout des PME, selon Bernard Hébert, consiste en leur souplesse. "Leur capacité à bouger, à s’améliorer est plus importante, à condition qu’elles soient conscientes des enjeux. Leur démarche doit être volontariste, en particulier à l’export. Les PME sont condamnées à y aller." Et le réseau des CCE peut les y aider, conclut-il. "C’est tout l’intérêt d’une chaîne, où les chefs d’entreprise plus expérimentés parrainent ceux qui souhaitent se développer à l’export, et les épaulent."

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Une région industrielle


L'industrie dans les zones d'emploi

L'industrie et les groupes




 


« La performance se fait au quotidien, plus que dans les stratégies »
Jacques Le Dosseur, PDG d’INA Roulements, Haguenau


Jacques Le Dosseur, PDG d'INA Roulements

Jacques Le Dosseur aime à rapporter une règle qu’on lui a un jour énoncée aux États-Unis : "Il y a trois conditions pour être successfull
(couronné de succès). To be lucky (chanceux), to be clever (astucieux), to work hard (travailler dur)." Il n’est pourtant pas persuadé que cela suffise en soi : "J’y ajouterai la nécessité d’avoir une vision assez large de ses produits, clients et marchés, pour orienter au quotidien les actions. Et cette vision ne peut se passer d’ambition, de volonté, ni d’une certaine audace, y compris financière. Cela représente beaucoup de qualités humaines !"
En tout état de cause, la performance n’est pas liée, selon lui, à la taille de l’entreprise.
En revanche, les ressources humaines paraissent déterminantes, à maints égards. "C’est, de la part du chef d’entreprise, une capacité à sélectionner et à entraîner les hommes, en les adaptant au mieux à leur fonction, et aussi à vivre ensemble. C’est également bien se reposer sur la compétence." Jacques Le Dosseur cite aussi la satisfaction du personnel, avec des indicateurs comme la stabilité, et l’attrait aux yeux des futurs embauchés, "de sorte que l’on puisse recruter pour assurer la croissance". Le PDG d’INA Roulements (également membre associé de la CCI) ne minimise pas pour autant les résultats. "En quoi s’exprime la performance ? En rentabilité des capitaux ou en créations d’emplois ? Je pense que la performance globale réside dans la capacité de croissance durable sur un marché accessible." Questionné sur les atouts de l’économie alsacienne, il ne peut retenir une mise en garde : "L’Alsace a, comme d’autres régions, des atouts que pourtant je n’exagérerai pas. Car dans une région plutôt riche, un univers assez confortable, le risque serait de s’endormir."



Veille technologique et innovation
Éric Debant, directeur du site Alsace, Électropoli, Dettwiller



Eric Debant, Directeur fu site Alsace d'Electropoli

La genèse de l’implantation d’Électropoli à Dettwiller constitue sans doute à elle seule un critère d’imagination, sinon de performance. Spécialisé dans le traitement de surface, à destination essentiellement de l’industrie automobile, ce groupe né en Normandie représente aujourd’hui 800 collaborateurs et 500 MF de CA. Sur quatre sites de production, trois sont dans l’ouest de la France. C’est pour approcher le marché allemand qu’Électropoli s’est approché… de la frontière, et, conjointement, d’un client alsacien. "Nous souhaitions pénétrer en Allemagne, c’est chose faite, puisque nous travaillons en direct avec Daimler-Chrysler. Et nous sommes en bonne voie pour collaborer avec d’autres constructeurs", raconte Éric Debant. L’activité export, 25 % du CA pour le groupe, atteint les 40 % pour Électropoli Alsace, qui poursuit sa croissance. " Notre force, c’est d’être ici." Sur un marché qu’Éric Debant qualifie de tendu, "l’approche commerciale n’est plus suffisante, il faut de la technique. Au sein du groupe, la société Électro Recherche fait de la recherche-développement, et de la veille. Il est impératif d’avoir une avance technologique, et de trouver de nouveaux marchés". Et Électropoli innove, propose traitements et procédés inédits. Le site de Dettwiller, avec un effectif de 90 personnes, dont 70 à la production, a atteint une belle taille. "La progression du CA a été de 10 % l’an dernier. Nous avons un projet d’extension, et nous allons probablement capter de nouveaux marchés." Éric Debant craint pourtant de voir ses prévisions contrecarrées par des difficultés de recrutement "extrêmement préoccupantes".

Contact : e.debant@electropoli.com

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L’organisation de la société autour de l’outil de travail
Jacques Kammerer, gérant de Laser Alsace Production (LAP), Rosheim


Jacques Kammerer, Gérant de Laser Alsace Production

Laser Alsace Production (LAP) est née en 1988, d’un transfert de technologie entre un laboratoire et l’industrie. L’IREPA, un groupe de recherche, bénéficie alors d’un département laser de puissance performant, où travaille Jacques Kammerer. En matière de découpe au laser, la demande des industriels se fait pressante. "Nous avons comblé un manque", confie Jacques Kammerer. LAP démarre aussitôt, pour des grands comptes de la métallurgie. 1991, déménagement à Illkirch, deuxième machine.
"LAP s’affirmait alors comme unique découpeur laser à posséder deux équipements." 1995, troisième matériel, pour les grosses pièces. 1999, LAP s’installe dans 4000 m2 à Rosheim, et
investit 5,5 MF dans "un tout nouveau joujou, à chargement et déchargement automatisés". Depuis 1993, la société s’est positionnée sur deux autres activités, le soudage laser et le marquage.
"Alors que l’industrie vivait une crise, nous en avons profité pour acquérir une machine à laser de très forte puissance, destinée à la sous-traitance du soudage. Ce choix résulte de la veille technologique, nous travaillons toujours en liaison avec IREPA Laser. Et en 2000, nous sommes encore les seuls en France à disposer d’un tel matériel !". Pour Jacques Kammerer, le soudage représente un fort potentiel d’avenir. "La découpe qui est fortement concurrencée, représente aujourd’hui 80 % de notre CA, ce ne sera plus le cas demain. On a un métier en constante évolution, il faut absolument rester à jour." Avec 30 collaborateurs et un CA de 26 MF en 1999, LAP fonde sa performance sur un outil de travail parfaitement maîtrisé : "Nous avons des machines très souples, et nous avons bâti notre organisation autour de cette souplesse. Avec, par exemple, des délais les plus brefs possibles".
 
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Un pari en interne
Nathalie Baldelli, responsable du site, Rupp France, Marckolsheim

Il y a environ cinq ans, Rupp France, sous-traitant en linge de maison, est confronté à une sévère tourmente : certains de ses donneurs d’ordre cessent leur activité, d’autres délocalisent hors CEE. "Il nous a fallu restructurer, et nous nous sommes recentrés sur notre métier, la confection de draps-housses extensibles, avec des produits milieu-haut de gamme", indique Nathalie Baldelli également Délégué Consulaire de la CCI. Rupp développe sa marque, s’adjoint une activité négoce. Une réorientation qui exige de nouvelles compétences. Mais dire que le recrutement est épineux dans ce bassin d’emploi est un euphémisme.
"Mon pari a donc été de motiver les équipes en place, de favoriser les projets personnels."

Éliane a ouvert la marche. Couturière depuis onze ans, la jeune femme réalise un bilan de compétences, et opte pour un BTS Force de Vente. Eliane est aujourd’hui assistante commerciale grands comptes. Puis c’est Nathalie, passée, après une formation similaire à celle d’Éliane, de la couture à la gestion de production. Bernadette, après un permis de cariste, prend en charge la gestion des stocks et la logistique, qu’elle réorganise complètement.
Dans cette entreprise de 68 personnes, à l’effectif majoritairement féminin, d’autres ont emboîté le pas : Pascale, à l’origine emballeuse puis facturière, gère l’ensemble du système informatique, Marie-Claire est devenue responsable de l’atelier couture, Isabelle responsable de l’expédition et le jeune Eyyüp est chargé de toute la maintenance de l’usine. "Toutes et tous font le poids dans leur poste, et disposent d’une marge de manœuvre importante", observe Nathalie Baldelli. Dans cette nouvelle donne, il n’y a pas de hiérarchie de statut, mais de compétence. Rupp France a obtenu la certification Iso 9002 en novembre dernier.
"Aujourd’hui, nous en sommes à stabiliser l’entreprise", conclut Nathalie Baldelli. Avec une diversification prometteuse en textile paramédical.

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