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Recruter à bras-le-corps

En période de croissance soutenue, quoi de plus paradoxal aux yeux des chefs d'entreprise que cette difficulté récurrente à s'entourer de certaines compétences ?
À maints égards, le phénomène apparaît encore plus symptomatique en Alsace qu'ailleurs. État des lieux et pistes pour agir.

Avec un taux de chômage de 6,8 % en Alsace, et 6,9 % dans le Bas-Rhin, contre 11,5 % pour la France, notre région est assurément atypique. Aussi réconfortants que soient ces chiffres, ils ont pour corollaire de réelles tensions sur le marché de l'emploi, tout particulièrement dans l'industrie, mais pas seulement. La presse s'en fait écho, comme l'Alsace qui, en février, indique les chiffres de l'ANPE : 30 % d'offres d'emploi non satisfaites pour les informaticiens, 29 % pour les soudeurs, 27 % pour les chaudronniers...
Au vocable de pénurie de main-d'?uvre, Alain Vetterhoeffer, directeur régional du Travail et de l'Emploi, préfère celui de difficultés de recrutement. "La formule est apparue l'an dernier, en même temps que la croissance. Et cet état de fait ne semble pas a priori ponctuel, mais s'apparente davantage à un mouvement de fond, qu'il convient de traiter de façon correspondante". Autre spécificité régionale, que les chefs d'entreprise connaissent fort bien, les difficultés de recrutement ne sont pas uniformes, et la tendance est aux actions ciblées par territoires et bassins d'emploi.

Une nouvelle donne

Le ministère du Travail et de l'Emploi discerne quatre catégories de "pénuries" : "Les métiers qui souffrent d'un déficit d'image, et d'un problème permanent d'attractivité. Il convient là de redorer leur image en collaboration avec les branches professionnelles. Les transports, la restauration, le bâtiment, qui offrent d'intéressantes perspectives de carrière, en sont le meilleur exemple.", Autres catégories, les difficultés liées au décalage entre flux de sortie de formation et demande des entreprises, qui caractérisent souvent les métiers qualifiés. Ou encore celles liées au manque de qualifications, à l'adéquation de la main-d'?uvre. "La parade ? Lorsque les métiers sont identifiés, c'est la mise en place d'outils que nous promouvons, tels les SAE, les stages d'accès à l'emploi", souligne Alain Vetterhoeffer. Enfin, il faut citer les difficultés conjoncturelles : "implantation d'une nouvelle entreprise, reprise d'activité, développement d'un secteur professionnel". En tout état de cause, pour Alain Vetterhoeffer, "il est infiniment plus agréable de s'occuper de ce type de problèmes que du contraire. On ne peut que se réjouir de l'évolution favorable de l'économie locale. Même si, comme toute évolution, elle génère ses revers. Notre souci est notamment de faire en sorte que cette évolution se traduise par des emplois plutôt que par des heures supplémentaires".
Et l'objectif affiché de la DRTE est d'enclencher une démarche volontariste afin que la croissance bénéficie au plus grand nombre. "La sélectivité reste importante. Le risque qu'une partie de la population se retrouve à l'écart est d'autant moins acceptable qu'il y a croissance."

Analyse : L'indispensable repérage

C'est au plus près de l'entreprise que doit s'effectuer tout diagnostic, sinon toute action, sur les besoins en emploi. Voilà en tout cas la démarche qui a guidé ce dossier, au-delà des chiffres et des statistiques. L'emploi, ce sont les ressources humaines, c'est, in fine, l'humain, avec tout ce que cela implique d'irrationnel. Le constat est simple : dans un marché de l'emploi tonique, il n'y a pas de fantasme à évoquer des difficultés de recrutement, structurelles ou conjoncturelles, des goulets d'étranglement dans certains métiers. Mais cette analyse doit céder le pas à l'action. Au repérage, tout d'abord. À la DRTE, Alain Vetterhoeffer indique que la meilleure appréciation, la plus objective, se fait par la discussion entre les chefs d'entreprise et les services de l'État, ANPE, Direction du Travail et de l'Emploi, Chambres consulaires... Il convient alors de valoriser, de mutualiser les informations pour mieux envisager des réponses. La diversité des situations, en fonction du secteur d'activité, du bassin d'emploi, ne permet pas une approche globale. Mais de nombreuses initiatives témoignent du succès d'approches raisonnées. Parfois modestes, mais qu'importe. Et plus que jamais, la CCI y concourt, tant par sa présence sur le terrain que par les solutions qu'elle propose, en termes d'orientation et de formation, notamment au sein du pôle formation CCI.








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